Certes les mauvaises nouvelles sont légion, à commencer par celles qui concernent le climat, mais ce n’est pas une raison pour sous-estimer les progrès considérables qu’a accomplis l’humanité. Le décalage de perception sur ce qui a été fait constitue un handicap pour changer la donne.

Manifestation de l'ONG Oxfam place de la République, à Paris "pour vaincre la pauvreté".
Manifestation de l'ONG Oxfam place de la République, à Paris "pour vaincre la pauvreté". © AFP / Eric Feferberg / AFP

Si je vous dis que le monde va mieux que jamais dans l’histoire de l’humanité, vous ne me croirez sans doute pas…

Et ça peut en effet sembler absurde au lendemain de la publication du rapport du GIEC sur l’évolution du climat, ou d’une avalanche de mauvaises nouvelles politiques, du Brésil à la Turquie…

Et pourtant, il y a aussi une autre manière d’observer le monde qui tranche avec la sinistrose ambiante. Non pas pour nier les réalités climatiques, politiques ou sociales qui nous angoissent, mais pour garder à l’esprit que la réalité du monde est souvent meilleure que la perception que nous en avons.

Selon une étude d’opinion à l’échelle mondiale, une courte majorité pense ainsi que la pauvreté va croissant dans le monde. La réalité est aux antipodes : au cours des vingt dernières années, la pauvreté dans le monde a diminué à un rythme jamais connu en deux siècles de statistiques. 

Il reste encore 750 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans le monde, soit 10% de la population mondiale ; c’est énorme et insupportable, mais c’était plus de 40% il y a un demi-siècle. L’éradication de la pauvreté n’est plus un objectif inatteignable. 

La baisse de la grande pauvreté dans le monde
La baisse de la grande pauvreté dans le monde / Observatoire des inégalités

Prenez un autre indicateur, la mortalité infantile, qui affichait, dans les années 60, un contraste choquant entre pays du Nord et du Sud. Elle a baissé de moitié en vingt ans, sur tous les continents. C’est encore insatisfaisant, mais la tendance va dans le bon sens.

Une étude de 2015 montre que seuls 3% des Français pensent que le monde va dans la bonne direction, contre 41% des Chinois. Et n’allez pas dire que c’est une spécificité française, les Allemands et les Britanniques ne sont que 4% à le penser.

Cela peut surprendre, mais la perception ne peut pas être la même dans de vieux pays européens développés qui voient leur influence décliner, et un pays émergent d’Asie en plein rattrapage.

Dans un commentaire de cette étude, Max Roser, chercheur de l’université d’Oxford, soulignait qu’il y avait un rapport entre notre évaluation du passé et notre vision de l’avenir. Si nous nous trompons autant sur ce qui a été accompli, nous sous-estimons notre capacité à nous projeter dans le futur. 

Max Roser soulignait la responsabilité des médias et du système éducatif dans ce décalage de perception, surtout dans les pays les plus riches, évidemment. Un Chinois passé de la pauvreté à la classe moyenne n’a pas besoin qu’on le lui dise.

Mais il suffit de peu de choses. J’ai trouvé ces références sur un compte Twitter passionnant d’une professeure d’économie de l’Université de Zurich, Dina Pomeranz, qui distille des données positives. Elle n’appartient pas à une secte utopiste, mais à une école universitaire qui travaille sur des données concrètes.

Le but n’est pas de se shooter aux bonnes nouvelles pour oublier les mauvaises ; mais d’y puiser, au contraire, l’énergie pour modifier la donne. Ca s’applique au changement climatique, à l’éducation, à la santé, ou aux inégalités sociales. Ca n’élude ni les combats politiques, ni les débats de société : ça permet seulement de garder un peu d’optimisme dans un monde redevenu brutal.

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