Parce qu'un patron de club de basket américain a tweeté son soutien aux manifestants pro-démocratie à Hong Kong, la Chine punit la NBA qui a des centaines de millions de fans dans le pays. Un signe de la nervosité de Pékin face à la crise qui continue de s'aggraver à Hong Kong.

Yao Ming, l’ancienne star chinoise des Rockets de Houston, aujourd’hui président de la fédération de basket chinoise, est aussi parlementaire en Chine, ici à l’ouverture de la session 2019 en mars dernier à Pékin.
Yao Ming, l’ancienne star chinoise des Rockets de Houston, aujourd’hui président de la fédération de basket chinoise, est aussi parlementaire en Chine, ici à l’ouverture de la session 2019 en mars dernier à Pékin. © AFP / GREG BAKER / AFP

La tempête qui touche la NBA américaine en Chine est révélatrice à la fois de l’impact de la crise de Hong Kong qui ne cesse de s’aggraver, mais aussi de la crispation à Pékin. 

La NBA, la Ligue du basketball américain, est l’une des grandes réussites symboliques de l’ouverture de la Chine au monde dans les années 90 et 2000. Yao Ming, joueur chinois talentueux, a joué aux Rockets de Houston et a permis la percée de la NBA en Chine ; ses supporters se comptent par centaines de millions, un marché juteux. Depuis, Yao Ming est devenu Président de la fédération chinoise de basket.

Mais voilà que le patron des Rockets de Houston, l’ancien club de Yao Ming, tweete ce weekend son soutien aux manifestants pro-démocratie de Hong Kong, ouvrant ainsi les portes de l’enfer. Les dénonciations se multiplient, suivies des représailles : les sponsors chinois se retirent, les retransmissions des matches de la NBA sont supprimées de la télévision nationale chinoise… et le basket devient un objet de rivalité idéologique.

La NBA ne l’a pas vu venir, mais elle constitue un nouvel exemple dans la stratégie chinoise destinée à empêcher l’internationalisation de la crise de Hong Kong. Avant elle, la compagnie aérienne Cathay Pacific et la banque BNP Paribas avaient dû se séparer sous pression d’employés qui avaient montré de la sympathie pour les manifestants Hongkongais.

Les dirigeants de Pékin sont dans une situation paradoxale. Ils viennent de célébrer le 70ème anniversaire du régime, avec le plus grand défilé militaire de tous les temps et un enthousiasme populaire dont on ne doit pas sous-estimer la réalité.

Et pourtant, le même jour, Hong Kong, qui fait partie de la République populaire, avait des allures de village d’Asterix en organisant une journée de défi et d’affrontements. 

La crise de Hong Kong dure depuis des mois sans aucune solution en vue, avec une partie de la jeunesse radicalisée qui refuse le compromis longtemps pratiqué par la génération précédente.

Pour Pékin, c’est un irritant majeur, qui ne peut être résolu ni par un nouveau « Tiananmen » qui aurait des conséquences trop graves, ni par des concessions politiques vécues comme un signe de faiblesse. Au moins Pékin tente-t-il par tous les moyens d’éviter l’extension de la crise en mettant un cordon sanitaire autour de Hong Kong, misant sur le pourrissement du mouvement.

Il n’y a pourtant pas vraiment de risque d’internationalisation, le monde entier reconnaît l’appartenance de Hong Kong à la Chine et ignore les appels à l’indépendance d’une partie, minoritaire, des manifestants. Donald Trump a même promis au Président chinois Xi Jinping de ne pas s’en mêler.

Pour autant, l’enjeu idéologique est bien là, entre le monde selon Xi Jinping qui tourne le dos à toute libéralisation à l’occidentale, et de l’autre le rêve démocratique d’une partie des Hongkongais.

La NBA est tombée au cœur de cet affrontement et de celui, plus vaste encore, de la rivalité sino-américaine au XXI° siècle. Voilà pourquoi les fans de basket chinois sont privés de matches de la NBA, au nom de l’orgueil froissé du régime de Pékin.

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