Il y a, maintenant, deux possibilités. La première est que les menaces d’intervention américaines et les pressions conjuguées de l’Europe et du monde arabe conduisent Saddam Hussein à enterrer toute idée de développement d’armes de destruction de masse et accepter, en conséquence, le retour des inspecteurs de l’Onu. Ce n’est qu’un bien mince espoir mais qu’il ne faut ni exclure ni abandonner car, dans cette hypothèse-là, tout danger irakien serait écarté, une guerre évitée et l’Europe aurait rehaussé son prestige en contribuant à préserver le principe même de la sécurité collective – d’un ordre international défendu, dans le cadre de l’Onu, par la loi internationale. Jusqu’aujourd’hui, jusqu’à cette semaine, cet attachement au rôle des Nations Unies fonde une unanimité européenne, Grande-Bretagne comprise car le message que Tony Blair a fait entendre, samedi, à Georges Bush est qu’il ne pouvait pas décider seule d’une guerre préventive. L’Europe et la paix ont ainsi marqué un point mais que se passerait-il, demain, si Saddam Hussein s’obstinait, seconde hypothèse, s’il refusait de voir que les Etats-Unis sont décidés à intervenir, avec ou sans l’aval de l’Onu, ou bien encore s’il le souhaitait, perdu pour perdu, dans l’espoir de provoquer un cataclysme ? Là, l’Europe se trouverait dans la plus difficile des positions et désunie. Certains de ses dirigeants, Tony Blair très probablement, d’autres demanderaient sans doute demanderaient que l’Europe soutienne les Etats-Unis, politiquement au moins, d’autres hésiteraient et la France, parce qu’elle a un siège au Conseil de Sécurité, une voix et un droit de veto, serait dans la pire des situations. Car enfin, si Saddam Hussein s’obstinait à ne pas céder, c’est qu’il aurait vraiment, comme l’affirment Américains et Britanniques, quelque chose à cacher, des projets en train au minimum, et comment ne pas approuver, alors, la volonté des Etats-Unis d’agir avant que la menace ne se précise ? Dans un moment comme celui-là, la responsabilité d’un chef d’Etat, de Jacques Chirac en l’occurrence, est colossale, d’autant plus écrasante que si l’élimination de Saddam est militairement jouable, les suites de cette intervention sont, elles, totalement imprévisibles. Les Américains voient déjà la liberté irakienne contaminer tout le Proche-Orient, le poids de l’Arabie saoudite se réduire et le pétrole irakien contribuer à une relance économique internationale. Très bien, parfait, peut-être mais, justement, ce n’est qu’un des scénario possibles pour le jour d’après. L’autre, c’est l’éclatement de l’Irak, la balkanisation du Proche-Orient, une montée de l’anti-occentalisme dans le monde arabe, une très longue et profonde déstabilisation d’une région explosive dans un monde instable. Alors ? Alors l’attitude de Jacques Chirac serait d’autant plus délicate à déterminer que si une intervention américaine avait effectivement des retombées positives et que Paris s’y était opposé, la France essuierait un revers durable en Europe et dans le monde et que si l’intervention débouchait sur un chaos et que la France l’avait approuvée, elle aurait, à l’inverse, perdu une occasion historique de s’affirmer en Europe et d’affirmer une certaine idée de l’Europe.

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