La France voudrait créer un « électrochoc » en Irak. Pour tenter d’y enrayer la spirale du chaos, elle voudrait que le Conseil de sécurité décide à l’unanimité, Etats-Unis compris bien sûr, de transférer à très brève échéance, quelques semaines, deux ou trois mois au plus, la responsabilité du pouvoir politique aux Irakiens eux-mêmes. Toute l’idée française est d’obliger par là non seulement le Conseil de gouvernement irakien mais toutes les forces du pays, politiques, religieuses, ethniques et sociales, à commencer à vraiment débattre entre elles de l’avenir de l’Irak, à devenir des forces de proposition et non plus à se cantonner dans la critique d’une Administration américaine aujourd’hui toute puissante mais dont les jours seraient désormais comptés. Cette idée n’est pas neuve. Dominique de Villepin l’avait avancée dès le mois dernier, au lendemain de l’attentat contre la représentation de l’Onu à Bagdad, mais elle est maintenant devenue une position française, ardemment défendue par le Quai d’Orsay, car les Etats-Unis ont, entre temps, évolué. Ils appellent à l’aide et se sont retournés vers l’Onu. Le projet de résolution qu’ils y ont présenté mercredi stipule également que l’Irak doit marcher vers l’autodétermination, se doter d’une Constitution et élire un gouvernement qui prendrait, un jour, le relais politique de Paul Bremer, l’administrateur civil nommé par Washington. Hier encore, dans son adresse à la nation, Georges Bush a répété que les Irakiens « devaient accéder aux responsabilités d’un peuple libre » et qu’il avait « confiance en leur capacité à se gouverner eux-mêmes ». Les Etats-Unis aussi cherchent une sortie de crise dans ce transfert de responsabilités sur le principe duquel un consensus émerge mais, à la différence des Français, ils ne voudraient encore en faire qu’un horizon. Lentement, les Américains se font à cette idée mais répugnent à précipiter l’échéance et se lier les mains alors que la France considère, elle, que sans une date butoir, sans « électrochoc » les forces politiques irakiennes ne se mobiliseront pas, n’y croiront pas et que l’Amérique continuera de s’embourber à Bagdad. La France et les Etats-Unis sont de nouveau face-à-face mais contrairement à l’année dernière, c’est beaucoup moins une bataille rangée qu’une recherche de solutions entre pays qui ne convergent pas sur les mesures à prendre mais ne divergent pas sur l’objectif. Paris, Washington, toutes les grandes capitales se consultent. Un émissaire de la Maison-Blanche était, hier, au Quai d’Orsay. Français, Allemands et Russes, soutenus par les Chinois, travaillent à des amendements communs au projet de résolution américain et Kofi Annan, le Secrétaire-général de l’Onu, essaie de forcer le mouvement en invitant les ministres des Affaires étrangères des cinq membres permanents du Conseil de sécurité à se retrouver, samedi, à Genève. Tout cela est incertain. Il n’est pas dit, bien au contraire, que ces efforts aboutissent mais il y a, enfin, quelque chose dans l’air, une volonté de chercher un consensus international – légitimation onusienne des troupes américaines et restauration de la souveraineté irakienne.

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