Ce ne sera pas « oui ». Ce ne sera sans doute pas, non plus un « non » brutal et définitif, mais Laurent Fabius, ancien Premier ministre de François Mitterrand et poids lourd du Parti socialiste, n’appellera pas ce soir, sur France 2, à la ratification par la France du projet de Constitution européenne. A entendre ses amis, il reprocherait, tout à la fois, à ce texte de vouloir inscrire le libéralisme dans la Loi fondamentale de l’Union, d’exiger, pour toute révision, l’unanimité des Etats-membres et de permettre le dumping fiscal en n’incluant pas d’ores et déjà les impôts dans la liste des sujets sur lesquels la majorité suffira à faire la décision. On verra, ce soir, si Laurent Fabius sait mieux plaider sa position que ne le font ses proches mais aucun de ces arguments n’est bien convaincant. Comme Jacques Chérèque le disait hier matin à Stéphane Paoli, les syndicats européens, et tout le reste de la gauche européenne avec eux, défendent au contraire ce texte car, outre ses mérites institutionnels, il fait de « l’économie sociale de marché », de ce modèle européen honni des libéraux, la référence de l’Union. Que sa révision demande l’unanimité des Etats signataires est simplement la norme pour tout Traité et quand au problème des impôts, autant il est déplorable que les vingt-cinq n’aient pas encore voulu faciliter l’indispensable harmonisation fiscale en adoptant la règle de la majorité dans ce domaine autant on ne voit pas ce que le rejet de la Constitution arrangerait là. Ce n’est pas parce que l’Europe n’aurait pas de Constitution qu’elle parviendrait plus vite à harmoniser ses taux d’imposition et, derrière ces faux arguments, la vraie raison de Laurent Fabius est ailleurs. Il estime que les électeurs de gauche attendent de leurs partis, et notamment du PS, une attitude plus combative, qu’ils veulent le voir se dresser contre le libéralisme, ferrailler contre lui, et qu’ils accueilleraient bien le geste de rupture que serait, pense-t-il, un « non » à la Constitution. Cet argument là est moins irrecevable. Un parti doit tenir compte de l’état d’esprit de ses électeurs mais un parti doit-il éclairer son électorat et corriger, éventuellement, ses erreurs de perception ou le caresser dans le sens du poil, l’encourager à prendre des vessies pour des lanternes et, au bout du compte, le mener dans le mur ? Le problème de la gauche n’est pas l’Europe et moins encore ce texte. Il est que les systèmes de protection sociale sont en crise et que la mondialisation met nos économies en concurrence avec des pays à très bas salaires et sans aucune protection du Travail. Le rapport de force entre le Capital et le Travail s’en est spectaculairement inversé depuis trente ans. C’est la réalité mais l’Europe, loin d’être le problème, sera un jour, la solution car seule son unification économique et politique permettrait à la puissance publique de pouvoir retrouver un poids à l’échelle du monde d’aujourd’hui. C’est cela qu’il faut dire aux électeurs, et pas seulement de la gauche, leur dire que l’Europe est encore loin d’être ce qu’elle devrait être, que la bataille est longue et difficile mais que ce n’est pas la France seule qui la gagnera et moins encore la nouvelle alliance de la gauche socialiste et de Laurent Fabius.

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