Tout est bien qui commence bien. Maintenant que le président russe, Dmitri Medvedev, s’est engagé hier, à replier, sous un mois, ses troupes vers les régions abkhaze et ossète, qu’il a donné son accord au déploiement, dans les trois semaines, d’au moins deux cents observateurs de l’Union européenne en Géorgie et accepté l’ouverture, le 15 octobre, à Genève, d’une conférence internationale sur « la sécurité et la stabilité » de ces deux régions, le dialogue est rétabli ou, plutôt, s’ouvre entre l’Union et la Russie. Une page se tourne, non seulement parce que Dmitri Medvedev a ainsi satisfait à toutes les demandes que Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et Javier Solana étaient venus lui présenter au nom des 27 mais aussi, surtout, parce que la Russie vient de faire, là, un choix prometteur. Elle aurait pu camper sur ses positions. Elle aurait pu opposer une fin de non-recevoir aux trois plus hauts responsables de l’Union, les présidents du Conseil et de la Commission et le chef de sa diplomatie. Elle aurait parfaitement pu s’en tenir au rapport de forces actuel comme certains de ses dirigeants le prônaient mais elle a choisi l’avenir. Elle a choisi l’intelligence en sachant voir que son intérêt n’était pas d’entrer dans un bras de fer avec les Occidentaux, stérile et dangereux pour tous, mais de tendre la main à l’Union, de jeter, par-là, les bases d’un partenariat continental - économique et politique - et, du même coup, de faire de l’Union européenne un acteur à part entière de la scène internationale. A long terme, ce que vise la Russie, c’est d’affirmer la différence entre l’Union et les Etats-Unis, non pas de les découpler comme on disait aux temps de la Guerre froide, non plus de casser l’Alliance atlantique, mais de ne pas avoir à traiter, dans ses relations avec les Occidentaux, avec un bloc monolithique, uni par la peur de sa renaissance et dirigé par Washington. La Russie joue ses cartes mais elle les joue par le dialogue et non plus par la force et cela est, évidemment, plus bénéfique que l’affrontement. Il faudra voir si les engagements d’hier sont tenus mais, si c’est le cas, ce qui n’est pas improbable, les lignes d’un grand compromis pourraient lentement s’esquisser. Sous l’impulsion de l’Union, l’Otan pourrait renoncer à inclure l’Ukraine et la Géorgie dans ses rangs tandis que la Russie offrirait de réelles garanties sur le respect de leur indépendance. Un rapprochement entre ces deux pays et l’Union – un accord d’association comme celui qui sera promis, aujourd’hui, à l’Ukraine – pourrait faire d’eux le gage prospère et protégé d’une entente entre les deux puissances continentales, l’Union européenne et la Fédération de Russie. Il faudrait ensuite, trouver, dans ce cadre, une solution pour l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Cela ne pourra pas se faire sans un accord parallèle sur le Kosovo mais rien n’interdirait, à terme, une reconnaissance de ces trois indépendances, de ces trois faits accomplis, par l’ensemble du continent. Pour peu que la bonne volonté manifestée par Dmitri Medvedev se confirme, l’impossible deviendra possible mais on n’est pas déjà le 15 octobre, pas encore à Genève. Un mois, c’est très long.

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