C’est la scénario catastrophe, pas encore certain mais de plus en plus plausible. Portant sur 92% des bureaux de vote, les derniers résultats de la présidentielle afghane accordent 54,1% des voix à Hamid Karzaï contre 28,3% à son principal adversaire, Abdullah Abdullah. Apparemment, le président sortant a gagné, définitivement gagné puisqu’il n’y a pas de second tour si un candidat a remporté plus de la moitié des voix au premier mais, en fait, rien n’est joué. Rien ne l’est car le nombre de fraudes évidentes, grossières et souvent avérées, est tel que la Commission électorale des plaintes, organisme indépendant, présidé par un Canadien et auquel la loi afghane donne tout pouvoir dans le processus de validation des votes, pourrait bien annuler un si grand nombre de suffrages qu’un second tour deviendrait inévitable. Pire encore, l’examen des plaintes, les vérifications, les recomptages pourraient prendre tellement de temps, deux à trois mois dit-on parfois, que ce second tour devrait être organisé en plein hiver, à un moment, donc, où le froid et le neige empêcheraient le déroulement du vote dans de nombreuses régions. On en saura plus sous quelques jours mais ce scénario est d’autant plus plausible que les pays de l’Otan, Etats-Unis en tête, ont quatre raisons de ne pas laisser Hamid Karzaï tenter de passer en force. La première est que cela pourrait provoquer une guerre civile dans la guerre civile, des affrontements entre les partisans des deux candidats arrivés en tête sur fond de guerre contre les Taliban. La deuxième est qu’aucun des pays occidentaux présents en Afghanistan ne croit à un rétablissement d’une quelconque paix civile si la corruption et les violations de la loi y persistent. La troisième est que ni les Etats-Unis ni les Européens ne pourraient, sans se tirer dans le pied, fermer les yeux sur une fraude électorale en Afghanistan après avoir dénoncé celle que le pouvoir iranien avait organisée en juin. La quatrième, enfin, est que les gouvernements occidentaux auraient alors de plus en plus de mal, beaucoup plus de mal encore, à défendre cette intervention dont leurs opinions ne veulent déjà plus, en Allemagne comme aux Etats-Unis. Ou bien Hamid Karzaï s’autoproclame vainqueur en écartant les accusations de fraude et il y a, en même temps, troubles et crise entre les Occidentaux et lui, ou bien il y a toutes les incertitudes d’une campagne de second tour et d’un vote extraordinairement difficile à organiser. On ne sait pas. Pour l’heure, c’est l’imbroglio, mais le risque est grand que le conflit afghan ne devienne vite régional car le Pakistan limitrophe ne va pas rester bras croisés. Il voit la situation échapper aux Occidentaux. L’Afghanistan est pour lui un enjeu stratégique car il a toujours considéré qu’il devait pouvoir le contrôler pour opposer un ensemble musulman à l’Inde dont il craint la puissance. Son armée et ses services secrets vont activer leurs réseaux en Afghanistan, renforcer les Taliban auxquels ils sont étroitement liés et la nervosité va monter en Inde, dans une spirale toujours dangereuse.

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