Un discours après l’autre, calmement, tranquillement, Barack Obama est en train de proposer un nouveau contrat social à ses concitoyens. En leur annonçant, le 31 août, la fin de l’engagement militaire des Etats-Unis en Irak, il leur avait dit qu’il s’agissait, maintenant de « reconstruire » l’Amérique, de consolider les fondements de sa prospérité car l’influence d’un pays, avait-il dit, ne dépend pas seulement de la force de ses armées mais également de son exemplarité et de la solidité de son économie. C’était dire que la priorité des priorités était de reconstruire l’économie américaine, et, six jours plus tard, lundi, il dévoilait un plan de grands travaux, 50 milliards d’investissements sur six ans destinés à moderniser les réseaux de transport, routes, voies ferrées et aéroports. C’était du Keynes à l’état pur, l’idée que l’Etat, en période de ralentissement économique, peut et doit relancer la machine en investissant dans l’avenir afin de créer des emplois et de doter le pays des infrastructures nécessaires à la croissance. Après trente années de libéralisme durant lesquelles l’Amérique avait imposé au monde et à elle-même l’idée que « l’Etat n’était pas la solution mais le problème », Barack Obama avait amorcé un coup de barre à gauche, une répudiation des dogmes du tout marché, mais restait à répondre à une question, celle du financement de cet effort à l’heure où les déficits américains se sont dramatiquement creusés. Dès lundi, le président américain avait montré le bout de l’oreille en parlant de la suppression d’avantages fiscaux accordés aux grandes compagnies gazières et pétrolières mais hier, à Cleveland, les choses sont devenues claires. Les baisses d’impôts promulguées par Georges Bush, a-t-il annoncé, seront supprimées dès l’année prochaine pour tous les foyers dont les revenus annuels sont supérieurs à 250 000 dollars et pour toutes les personnes gagnant plus de 200 000 dollars par an. Sous Barack Obama, l’Amérique en revient à la redistribution des richesses par l’imposition fiscale mais attention ! Barack Obama est Américain. Il croit en l’économie de marché et à la contribution des entreprises au bien commun. Son idée n’est certainement pas qu’il suffirait de vider les poches des riches pour que tout aille mieux. Il veut que les individus les plus aisés contribuent à l’effort de reconstruction nationale mais veut, parallèlement, que l’Etat aide les entrepreneurs, à restaurer la compétitivité de l’Amérique et à embaucher. Dans le même souffle, il a donc annoncé le renforcement des aides à la recherche et une défiscalisation temporaire, en 2011, de toutes les dépenses d’investissement en équipements de production. L’Etat, autrement dit, prend aux individus les plus riches mais aide les entreprises à se développer en leur accordant des crédits d’impôts. Economiquement parlant, cela s’appelle une politique de relance budgétaire. Politiquement parlant, c’est une tentative de reconstitution de l’alliance entre les classes moyennes et les plus démunis sur laquelle le parti démocrate comme les gauches européennes s’étaient appuyés durant tout l’après-guerre. C’est dans une rupture avec l’ère libérale que Barack Obama s’est lancé.

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