Et maintenant, que reste-t-il de cette décennie ? Pendant près de dix ans, jusqu’à l’élection de Barack Obama, le monde a bel et bien failli déraper dans un conflit entre l’islam et l’Occident, qu’Oussama ben Laden avait voulu provoquer avec les attentats du 11 septembre et que, Georges Bush aura été à deux doigts de précipiter en voulant remodeler le Proche-Orient avec la guerre d’Irak.

Cette tragédie a été évitée parce que les djihadistes d’al Qaëda non seulement n’ont rien su proposer de positif au monde arabe mais l’ont massivement détourné d’eux par leur folie sanguinaire. Le printemps arabe et la mort de ben Laden ont achevé de tourner cette page mais le monde est sorti changé de ces sombres années et, d’abord, parce qu’elles ont affaibli les Etats-Unis. Profondément libéral, convaincu que « l’Etat n’est pas la solution mais le problème » et que « trop d’impôts tue l’impôt », Georges Bush avait inauguré son mandat par une spectaculaire baisse de la pression fiscale qui avait diminué les rentrées de l’Etat fédéral de 1350 milliards sur 5 ans. En temps normal, l’Amérique aurait pu digérer cette mesure mais l’éclatement de la bulle internet puis les attentats, surtout, d’il y a dix ans en ont fait une catastrophe économique. Non seulement l’économie américaine était mise à mal mais les dépenses militaires occasionnées par l’enchaînement des guerres afghane et irakienne ont creusé un déficit qui a nourri une crise économique durable que le krach de 2008 a encore aggravée.

L’Amérique n’est pas ruinée. Elle reste, et pour longtemps sans doute, la première économie du monde mais son endettement et son taux de chômage – contre lequel Barack Obama vient de proposer, hier, des mesures d'une spectaculaire ampleur – l’ont beaucoup anémiée. Non seulement il lui faudra du temps et un consensus politique aujourd’hui introuvable pour remonter la pente mais les Américains ont désormais pris conscience de leur désindustrialisation, du recul de leur système éducatif et du délabrement de leurs équipements collectifs. Comme après la guerre du Vietnam, il y a un malaise américain qui fait dire à l’historien Paul Kennedy que la plus dramatique des conséquences du 11 septembre et que les Etats-Unis ont oublié, pendant dix ans, de s’occuper d’eux-mêmes.

Le résultat en est que, récurrente dans son histoire, une tentation isolationniste renaît dans ce pays qui est las, à gauche comme à droite, des aventures extérieures et plus préoccupé de ses maux que de ceux du monde. On l’a vu pendant l’affaire libyenne où, après avoir été très réticent à toute idée d’intervention, Barack Obama n’a pas voulu placer l’armée américaine en première ligne, préférant laisser la France et la Grande-Bretagne à la manœuvre.

Soudain, l’Europe en est redevenue l’acteur international qu’elle n’était plus depuis la Deuxième guerre mondiale et le plus frappant et que les Etats-Unis ne semblent pas le déplorer. Cela peut changer. L’Europe, surtout, peut n’être pas à la hauteur mais, pour l’heure, tout se passe comme si l’Amérique était maintenant acquise à l’idée d’un partage des rôles – et du fardeau – avec des alliés européens qui l’inquiètent autrement moins que la Chine. La page du 11 septembre est tournée mais celle qui s’ouvre, n'est pas moins neuve et incertaine.

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