Totalement incertaine, la semaine qui s’ouvre sera, dans tous les cas, lourde de conséquences. Première hypothèse, sénateurs et représentants américains donnent à Barack Obama le feu vert qu’il leur demande pour sanctionner par des frappes militaires l’usage d’armes chimiques par le régime de Damas.

Deux scénarios sont alors possibles. Dans l’un, ces frappes restaurent un équilibre des forces entre le pouvoir et l’insurrection. Elles affaiblissent le régime mais sans donner un avantage décisif aux insurgés et se recrée donc une situation dans laquelle aucun des deux camps ne peut espérer l’emporter par les armes. Dans ce scénario, chacun des deux camps est ainsi contraint d’envisager des concessions réciproques et la diplomatie peut en conséquence entrer en scène en redonnant vie au projet de conférence internationale sur lequel Américains et Russes s’étaient mis d’accord avant l’été.

C’est le scénario sur lequel on table à Paris et Washington. Il permettrait au moins d’instaurer un cessez-le-feu sur lequel essayer de bâtir quelque chose de plus ou moins stable et de voir ensuite. C’est la raison pour laquelle les gouvernements américain et français épuisent tous les trésors de la sémantique pour parler de frappes « limitées » mais devant « dégrader », comme on dit à Washington, les capacités militaires du régime mais, toujours dans l’hypothèse d’un feu vert du Congrès, il y a un second scénario, beaucoup plus aléatoire.

Même limitées, les frappes ébranlent gravement le régime, politiquement, militairement ou les deux. L’insurrection pousse son avantage et, placé devant la perspective de perdre son unique allié régional, l’Iran décide d’engager toutes ses forces dans le conflit. Cette probabilité est faible car l’Iran est proche d’une faillite économique provoquée par les sanctions internationales que lui a values son programme nucléaire mais on ne peut pour autant pas l’écarter avec certitude et c’est alors une guerre régionale qui pourrait s’enclencher. L’Arabie saoudite ne laisserait pas se faire l’ingérence iranienne sans réaction et l’on se retrouverait – Téhéran, Bagdad et Damas d’un coté, Turquie et pays du Golfe de l’autre – dans un conflit généralisé opposant, de fait, sunnisme et chiisme, les deux religions de l’islam.

Et puis il y a l’autre hypothèse, celle dans laquelle le Congrès refuse son feu vert à Barack Obama. Elle est parfaitement plausible car, si l’Elysée et la Maison-Blanche ont marqué des points samedi en obtenant que l’ensemble des Européens se prononcent, même sans parler de frappes militaires, pour une « réponse claire et forte » au régime de Damas, rien n’est acquis à Washington.

L’opinion américaine est massivement opposée aux frappes. Beaucoup de Républicains sont tentés d’en profiter pour infliger un camouflet à Barack Obama. Ce qui s’est passé à Londres peut se reproduire à Washington et les conséquences en seraient l’impuissance actée de l’Occident, l’humiliation des présidents français et américain, le triomphe des durs à Téhéran, un sentiment d’impunité à Damas et une très grande incertitude internationale. Dans tous les cas de figure, l’enjeu est colossal et c’est dans la semaine qu’il se jouera.

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