C’est évidemment ce qu’il faut faire. Forte de plusieurs dizaines de pays, une vaste coalition se met en place pour contrer l’Etat islamique, le mouvement d’illuminés sunnites qui s’est emparé d’une large partie de l’Irak. C’est à cet effet que John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, entame aujourd’hui une tournée au Proche-Orient. Barack Obama présentera demain la stratégie que les Etats-Unis entendent développer. Pour peu que l'Irak arrive bien à se doter d'un gouvernement, les choses ne devraient plus tarder et c’est tant mieux car, plus longtemps l’Etat islamique aura les mains libres, plus il massacrera de chiites, de chrétiens et de yazidis, vendra de femmes et attirera du Proche-Orient, d’Europe et d’Asie occidentale des émules fascinées par sa volonté de relever le flambeau d’al Qaëda. Cette coalition devait être formée mais, outre que sa tâche ne sera certainement pas facile, les vraies difficultés commenceront le jour même où l’Etat islamique aura été défait. On verra ce jour-là que les objectifs de ses adversaires ne sont non seulement pas les mêmes mais contradictoires. L’Iran chiite souhaite avant tout restaurer l’unité de l’Irak sous la conduite de sa majorité chiite car ce pays que l’intervention américaine avait si aveuglement offert à son influence lui permet de projeter sa puissance dans tout le Proche-Orient. Chef de file du monde sunnite, l’Arabie saoudite veut, à l'inverse, éviter que le riche et vaste Irak ne puisse revenir dans l’orbite iranienne et contribuer ainsi à son affaiblissement stratégique. Là est la contradiction principale mais il faut y ajouter l’ambition des Kurdes irakiens de profiter de leur indispensable apport à la lutte contre l’Etat islamique pour proclamer leur indépendance ; la crainte qu'a la Turquie que cette indépendance ne puisse réveiller le séparatisme de ses propres Kurdes et tous les leviers, enfin, dont les différents protagonistes de cette crise disposent dans tous les pays de la région, notamment au Liban. Il faut intervenir contre l’Etat islamique car il faut parer au plus pressé mais cette intervention - autant le savoir et le dire - va précipiter la balkanisation d’un Proche-Orient dont les frontières coloniales sont en train de s’écrouler. Une question, celle du jour d’après, se pose donc aux Occidentaux. Devront-ils tenter, dans un souci de stabilité, de préserver l’unité irakienne ? Devront-ils au contraire, pour ne pas s’embourber dans une guerre proche-orientale qui ne serait plus la leur, se contenter de briser l’Etat islamique et ne pas s’éterniser ensuite ? La réponse n’est pas évidente mais ni les Etats-Unis ni l’Union européenne n’ont d’intérêt stratégique à maintenir à flots un Irak unitaire dont la survie est impossible et qui serait, en tout état de cause, l’allié de l’Iran.

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