Laissons la peur puisqu’elle s’atténue, mais aussi la compassion car elle ne suffit pas. L’Union européenne, ses 28 pays et non pas seulement la France, l’Allemagne ou l’Italie, devra accueillir cette années 400 000 réfugiés au moins, 500 000 au plus, soit 160 000 de plus que les 340 000 déjà arrivés sur son territoire. C’est un problème économique, politique et, avant tout, logistique, un problème qui n’est certainement pas simple mais parfaitement soluble.

Il l’est car, malgré sa faible croissance et son chômage élevé, l’Union est l’une des deux premières économies du monde avec les Etats-Unis et compte plus de 500 millions d’habitants. Quand bien même les réfugiés seraient-ils cinq millions, dix fois plus que ce qu’ils sont, cela ne ferait qu’un pour cent des citoyens de l’Union et l’on parle donc aujourd’hui d’une puissance mondiale de tout premier plan confrontée à l’intégration de personnes représentant moins d’un dixième de pour cent de sa population. Si nous n’étions pas capables de faire face à cela, de faire tellement moins, entre autres, que les 80 millions de Turcs qui ont accueilli deux millions de Syriens, nous ne serions…

Non ! Ne le disons pas, ne l’envisageons même pas, car il va de soi que nous en sommes capables mais ce défi - car c’en est un, bien sûr - ne peut être relevé qu’à quatre conditions. La première est que tous les pays de l’Union se souviennent que le droit d’asile est inscrit dans le droit européen ; que ceux des pays membres qui sont sortis du bloc soviétique et qui sont aujourd’hui les plus hostiles à l’accueil des réfugiés n’oublient pas les centaines de milliers de Hongrois, de Polonais ou de Tchécoslovaques qui avaient bénéficié, en d’autres temps, de ce droit d’asile en terres de liberté ; que la solidarité européenne soit, en un mot, respectée et que chacun des 28 contribue à cet effort à proportion de ses atouts et difficultés. Cela s’appelle des quotas.

La deuxième condition à remplir est que, devant cet exceptionnel afflux, une stricte différence soit faite entre réfugiés et migrants économiques. C’est cruel car un migrant venu chercher de quoi vivre en Europe n’est pas un criminel mais priorité doit être donnée aux réfugiés, à ceux qui fuient la mort et non pas la misère. Cela implique donc que les portes soient fermées, par exemple, aux ressortissants des pays balkaniques et qu’à cet effet, l’Union se dote enfin d’une véritable police commune de ses frontières communes.

Ce serait la troisième condition à remplir et la quatrième - Nathalie Kosciusko-Morizet, la vice-présidente des Républicains, avait raison de le dire hier - est que ces réfugiés que nous ne saurions renvoyer à la mort sans nous déshonorer totalement soient aussi vite que possible autorisés à travailler.

Non seulement cela vaudrait mieux que d’en faire des mendiants vivant d’allocations de survie mais ils pourraient, pour le plus grand bien des économies européennes, pourvoir ces millions d’emplois dont les Européens ne veulent pas ; accumuler un peu d’argent, se refaire et ensuite investir les savoirs et les diplômes dont tellement d’entre eux sont porteurs puisque l’écrasante majorité de ces réfugiés vient des classes moyennes.

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