Le président américain a créé la surprise en révélant qu’il avait invité les talibans à Camp David, et en annulant la rencontre. Sa stratégie de sortie du conflit afghan est en question.

Les représentants des talibans aux négociations avec l’émissaire américain au Qatar, en juillet dernier. Leur venue à Camp David a été annulée par Donald Trump.
Les représentants des talibans aux négociations avec l’émissaire américain au Qatar, en juillet dernier. Leur venue à Camp David a été annulée par Donald Trump. © AFP / KARIM JAAFAR / AFP

Donald Trump veut à tout prix retirer les dernières troupes américaines d’Afghanistan ; on le sait, c’est une de ses promesses électorales, qu’il veut avoir respectée avant l’élection de 2020. Mais quel prix est-il prêt à payer pour retirer les 14 000 hommes encore dans ce pays, le plus long engagement militaire de l’histoire des États-Unis ?

C’est toute la question que pose la double révélation du weekend. Donald Trump a annoncé dans le même souffle, ou plutôt dans le même tweet, qu’il avait invité pour ce lundi des représentants des talibans d’Afghanistan à Camp David, une résidence officielle à une centaine de kilomètres de Washington ; mais aussi qu’il avait annulé cette rencontre à la dernière minute. Tout le monde a été pris par surprise, à Washington comme à Kaboul.

Selon Trump, la rencontre a été annulée en raison d’un attentat commis samedi à Kaboul et revendiqué par les talibans, dans lequel un soldat américain a trouvé la mort. Est-ce vraiment la fin des négociations ou une tactique de la part de Trump ? On saura très vite si ce n’est que partie remise.

Depuis environ un an, un émissaire américain négocie au Qatar avec les talibans, sans la participation du gouvernement de Kaboul, pourtant soutenu par les États-Unis. Les choses se sont accélérées dernièrement, et les deux parties seraient parvenues à un accord qui permettrait à une partie des troupes américaines de quitter rapidement le pays, et le reste étalé sur 16 mois.

La seule condition obtenue par les Américains serait un engagement des talibans à ne pas permettre que l’Afghanistan soit utilisé par des groupes djihadistes internationaux. On se souvient que c’est sous le règne des talibans qu’Al Qaida avait pu préparer les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.

Mais conclure un tel accord en l’absence d’un véritable processus de paix entre Afghans, -les talibans ne reconnaissent pas le gouvernement de Kaboul- c’est livrer le pays à ces combattants islamistes qui ont aujourd’hui l’ascendant sur le plan militaire.

Les États-Unis accepteraient de lâcher Kaboul ? Pas officiellement, mais ils en prendraient le risque. La négociation a créé de sérieuses tensions avec le Président afghan, Ashraf Ghani, élu dans des conditions loin d’être parfaites, mais qui ont le mérite d’exister.

Tout le monde, dans cette affaire, a en tête le Vietnam, et le retrait américain de 1973 suivi deux ans plus tard par la victoire communiste. Henry Kissinger, le négociateur américain, avait parait-il exigé un « délai décent » avant que le nord n’avale le sud…

Vivra-t-on la même chose en Afghanistan ? La victoire des talibans et le retour de l’obscurantisme sont-ils inéluctables ? Entre une guerre que les Américains et leurs alliés -n’oublions pas que la France y a participé jusqu’en 2014- n’ont pas pu ou pas su gagner, et l’abandon de ce pays à ceux dont on pensait l’avoir libéré, n’y a-t-il aucune voie médiane ?

Donald Trump devra trancher, malgré ses hésitations de dernière minute. Au moins s’évitera-t-il l’embarras de ce sommet à 48h des commémorations du 11 septembre, le déclencheur de la guerre d’Afghanistan, une guerre peut-être pour rien.

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