On a ouvert le feu lundi dans les montagnes de l’Himalaya, entre Chinois et Indiens, qui se font face depuis trois mois. Un conflit inquiétant dans un contexte de ferveur nationaliste, entre deux puissances nucléaires.

La Chine et l’Inde se disputent à propos du tracé de leur frontière commune, longue de 3440 kilomètres dans les montagnes de l’Himalaya.
La Chine et l’Inde se disputent à propos du tracé de leur frontière commune, longue de 3440 kilomètres dans les montagnes de l’Himalaya. © AFP / Dwi Anoraganingrum / Geisler-Fotop / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance vi

On a tiré sur le toit du monde. Lundi, des coups de feu ont été tirés lors d’un face à face entre soldats chinois et indiens, le long de la longue frontière disputée entre les deux pays. Depuis 45 ans, aucun coup de feu n’avait retenti dans cette zone, les armes à feu sont interdites d’un commun accord. Mais depuis trois mois, les tensions sont reparties entre les deux géants d’Asie, deux puissances nucléaires que tout oppose.

En juin dernier, une vingtaine de soldats indiens et un nombre indéterminé de chinois avaient trouvé la mort lors du plus grave incident entre les deux pays depuis des décennies. Les Indiens avaient dénoncé une agression au gourdin et à l’arme blanche.

Depuis, toutes les tentatives d’apaisement ont échoué, y compris une rencontre, la semaine dernière à Moscou, entre les ministres de la Défense des deux pays. L’incident de lundi, pour lequel les deux pays se renvoient la responsbilité, montre que la frontière sino-indienne reste à la merci d’un accrochage qui dégénère, dans un climat de ferveur nationaliste.

La frontière montagneuse entre les deux pays, longue de 3440 kilomètres, est contestée en plusieurs endroits, et a déjà fait l’objet d’une guerre en 1962.

Régulièrement, chaque pays accuse l’autre de procéder à des incursions, de déplacer des bornes ou d’occuper une vallée. Mais le contexte est également important : c’est évidemment celui d’une guerre froide croissante opposant la Chine et les États-Unis, et qui durcit les postures politiques.

L’Inde, dirigée par le premier ministre nationaliste Narendra Modi, joue, sans trop le clamer, le jeu d’une alternative stratégique à la Chine. Plusieurs pays dont les États-Unis et la France, ont une stratégie pour la zone indo-pacifique qui ressemble à un « containment », un « endiguement » de la Chine, pour reprendre le vocabulaire de la guerre froide.

Le pouvoir chinois n’entend pas laisser l’Inde jouer le rôle de contrepoids à l’influence chinoise en Asie, et menace de plus en plus ouvertement Delhi.

Un affrontement global est-il possible entre ces deux pays ? L’arme nucléaire, dit-on, incite à la responsabilité. Mais chaque camp est susceptible de faire une erreur d’appréciation et de créer les conditions d’une escalade.

Hier, le rédacteur en chef d’un quotidien chinois très nationaliste, le Global Times, tweetait que l’Inde sous-estimait la volonté et la capacité de la Chine. « L’armée chinoise, ajoutait-il, est prête pour le pire et a la capacité d’infliger une défaite à l’armée indienne en cas de conflit à quelque niveau que ce soit ». Ce genre de rhétorique n’est pas fait pour calmer le jeu.

La Chine, elle aussi, peut faire des erreurs de calcul, alors qu’elle a surmonté l’épreuve du coronavirus tandis que l’Inde est devenue, de son côté, le deuxième pays le plus touché au monde.

Le plus inquiétant est l’absence d’arbitre acceptable pour les deux parties, dans un monde de moins en moins régulé. Tout devrait pourtant être fait pour empêcher ces deux pays, qui concentrent le tiers de la population mondiale, de s’affronter pour quelques arpents d’Himalaya.

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