Aujourd'hui, Anthony Bellanger, vous nous emmenez en Irak où d'importantes manifestations ont secoué le pays...

Des manifestations surprenantes, vues d'ici. L'Iraq est en guerre contre Da'ech et la seconde ville du pays, Mossoul, est toujours occupée par le groupe terroriste, on aurait imaginé des manifestations pour la paix ou contre la conscription.

Eh bien pas du tout : de Bassora à Karbala en passant par Najaf ou Nassiriyah, et bien sûr à Bagdad, bref dans toutes les villes importantes du sud du pays, des milliers de manifestants se sont rassemblés vendredi contre la corruption et la vie chère.

Ou plus exactement, contre le fait que dans ce pays gorgé de pétrole, 12 ans après l'invasion américaine et 4 ans après avoir entièrement récupéré le pouvoir, le gouvernement irakien est toujours incapable d'assurer le minimum vital.

C'est à dire l'électricité et l'eau potable. Les Irakiens aujourd'hui disposent dans le meilleur des cas de 5h d'électricité par jour et de quelques heures d'eau potable. Et ce alors qu'une vague de chaleur frappe le pays avec des pointes à 50° !

Relance : rien n'a été fait depuis le départ des Américains ?

Si l'on regarde les chiffres, si bien sûr : en 10 ans, plus de 35Mds€ ont été dépensés pour réparer le réseau électrique ou reconstruire des centrales. Mais aucune amélioration. Même constat pour l'eau potable : des milliards dépensés et rien, ou si peu.

D'où ces manifestations contre la corruption. Mais ce n'est pas tout : les employés de la SNCF irakienne se sont aussi mis en grève : leurs salaires ne sont versés depuis plusieurs mois. Bref, l'Irak s'est adonné ce weekend à des manifs « à la française ».

D'un premier abord, une fois de plus, ça peut sembler étonnant. On n'entend parler ici que d'égorgements, de villes perdues ou reprises, du drapeau noire de Da'ech et des frappes américaines sur des colonnes de pickups.

La réalité, comme toujours dans les pays en guerre, est très différente. Les manifs de vendredi ont eu lieu dans le sud du pays où se concentre l'essentiel de la population.

Or le sud, où vivent les Chiites, ne connait pas la guerre. Il aspire donc à une vie normale et attend du gouvernement des services publics qui fonctionnent et donc de l'électricité et de l'eau potable.

Relance : c'est la première fois que ce type de manifestations ont lieu en Irak ?

Non, il y en avaient eu d'équivalentes il y a quelques années sous le mandat d'un autre premier ministre, Nouri El Maliki. Mais elles avaient été étouffées dans l'oeuf par une campagne d'intimidation des meneurs, une vraie chasse aux sorcières en somme.

La grande nouveauté, c'est que, cette fois-ci, les manifestations n'ont été ni réprimées, ni interdites. Il faut dire qu'elles ont été soutenues en sous-main par l'autorité morale et religieuse la plus importante du chiisme irakien : le grand Ayatollah As-Sistani.

C'est lui qui a exigé dès vendredi du gouvernement de faire preuve de courage contre la corruption. Les manifestants se sont sentis soutenus et le Premier ministre Al-Abadi s'est aussitôt fendu d'un plan.

En résumé, on manifestait vendredi et ce weekend dans les grandes villes de ce qu'on appelle « l'irak utile », c'est-à-dire l'Irak commerçant et pétrolier, qui lui n'est en guerre et où l'on écoute comme un oracle un vieillard de 85 ans, le Grand Ayatollah As-Sistani.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.