Ce matin, on revient sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne...

Theresa May et Angela Merkel le 20 juillet 2016
Theresa May et Angela Merkel le 20 juillet 2016 © Getty / Ulrich Baumgarten / Contributeur

A priori, pour les anglais, ça commence mal puisque c'est une négociation dont on connait l'issue, ce qui n'est tout de même pas une position confortable. C'est un peu comme si vous connaissiez d'avance la fin d'un thriller hollywoodien.

Sauf que ce genre de contraintes n'a jamais empêché Hollywood de faire des blockbusters, pensez à Titanic par exemple, ni les Britanniques de conduire des traités favorables à leurs intérêts.

Eh bien justement, comment font-ils ?

Tout d'abord, ils ont changé le capitaine : exit David Cameron, welcome Theresa May. Il n'y a pas plus efficace pour dérouter l'équipe adverse. En plus, Cameron était un piètre négociateur, alors que Mme May considère la négociation comme un art majeur.

2ème étape, dire quelque chose et faire autre chose. Par exemple, dire « Brexit is Brexit ». Ca c'est clair net et précis. Mais par contre, ne surtout pas choisir de date de début des négos et visiter un à un les pays négociateurs.

Un petit mot pour François, un autre pour Angela, un 3e pour Matteo, un 4e pour Mario et un dernier pour Donald – Tusk, bien sûr pas Trump. Ensuite vous rentrez à Londres et vous faites fuiter ce qu'a dit l'une sur l'autre contredisant le 3e et accablant le 4e.

On a par exemple appris par la presse britannique que des fonctionnaires européens zélés avaient proposé à Londres un frein de 7 ans sur l'immigration des Européens en claire contradiction avec la libre circulation des personnes. Pagaille Assurée !

Ce genre de fuite ne suffit pas à faire avancer la cause britannique...

Non, bien sûr, mais ça agace et ça désorganise. Par contre, lorsque Theresa May a fait son petit tour d'Europe, elle a bien compris que les Français allaient être les plus coriaces. Donc, l'objectif c'est de déstabiliser Paris. Ca tombe bien, il y a Hinckley Point.

Hinckey Point, c'est cet énorme projet à 20Mds€ d'EDF en Grande-Bretagne. L'avenir de notre champion national s'y joue largement. Et que se passe-t-il depuis quelques jours ? Eh bien, les Britanniques ont décidé de prendre leur temps, de réfléchir, de tout revoir.

On pourrait même argumenter que le lancement hier d'une enquête pour corruption contre Airbus, l'entreprise européenne par excellence, est aussi une façon de peser sur Paris. Bref, Londres a bel et bien commencé à négocier et à négocier dur.

L'Europe ne se laisse pas faire tout de même...

Bien sûr ! Nous aussi nous savons négocier. L'Europe a répliqué en nommant Michel Barnier à la tête de l'équipe Europe. Une nomination que la presse britannique considère comme « une déclaration de guerre». Et ce pour deux raisons essentielles :

D'abord, Michel Barnier est un régulateur, c'est-à-dire tout ce que déteste la City, le cœur financier de la Grande-Bretagne qui est évidemment le joyau à préserver pour Londres. Ensuite, pour une raison presque amusante :

Michel Barnier n'est pas anglophone, il négociera donc en Français. Or c'est très malin : il va, de ce fait, obliger les Britanniques à venir sur son terrain linguistique, et pas l'inverse. C'est un gros avantage tactique, psychologique et je dirais même vexatoire.

En clair, les négociations sur le Brexit n'ont pas encore officiellement commencé et pourtant, elles battent déjà leur plein !

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