Pour les autorités françaises et nigériennes, il est urgent d'attendre avant de qualifier l'attaque qui a fait 8 victimes le 9 août, dont 6 Français. Décryptage.

L'épave de la voiture où six travailleurs humanitaires français, leur guide local et le chauffeur ont été tués par des hommes armés non identifiés à moto dans une région du sud-ouest du Niger
L'épave de la voiture où six travailleurs humanitaires français, leur guide local et le chauffeur ont été tués par des hommes armés non identifiés à moto dans une région du sud-ouest du Niger © AFP / Boureima Hama

Huit personnes assassinées au Niger et l'on ne sait toujours pas officiellement s'il s'agit d'un attentat terroriste. La raison de cette prudence des autorités tant françaises que locales est assez simple à expliquer : il y a des détails à rassembler, un début d'enquête à mener et surtout des familles à prévenir. Le temps militaire et judiciaire n'est pas le temps médiatique.

De plus, avec l'expérience des nombreux attentats qui ont frappé l'Occident, on s'est rendu compte qu'en éloignant le plus possible les faits et la caractérisation judiciaire ou policière de ces faits, on évitait en grande partie l'hystérisation médiatique.

C'est-à-dire que l'emballement médiatique est comme freiné par le doute ou la prudence. Les journalistes et les spécialistes utilisent le conditionnel, multiplie les hypothèses et, du coup, font baisser la tension immédiate au profit de l'analyse longue.

Quatre points pour qualifier un attentat

On peut résumer cela à quatre points essentiels qui, combinés, font sérieusement penser à une opération terroriste. 

  • La mobilité

Les criminels d'hier auraient utilisé pour se déplacer des motos, moyens usuels des terroristes dans cette région. La moto est idéale – beaucoup plus que le 4x4 – pour des djihadistes qui veulent se fondre dans une population qui les utilise beaucoup. Rapide, facile à réparer et à se procurer, la moto est reine dans ces régions de trafic et de routes défoncées.

  • L'opportunité

Les assassins ont visé une région touristique, Kouré, à quelque dizaines de kilomètres de la capitale nigérienne Niamey. C'est osé : Niamey est un centre très sécurisé ou la France, par exemple, possède une base militaire.

C'est aussi bien pensé : pour s'éclipser, moins d'une heure de route suffit pour traverser une frontière, ou rejoindre les faubourgs de Niamey. 

  • La région instable dite « des trois frontières »

Entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali, auquel on peut désormais ajouter le Nord du Nigéria et du Bénin, s'étend une région de contrebande traditionnelle où les Groupes terroristes armés jouent à « saute-frontières » pour mieux semer les forces étatiques.

  • La cible.

Hier, les six jeunes Français qui ont été abattus sauvagement – ainsi que deux accompagnants nigériens – travaillaient pour une ONG. Le message est politique : les Occidentaux sont tous nos ennemis, sans distinction d'âge et de mission.

La France et son dispositif Barkhane ciblés

La France intervient militairement dans cette région immense qu'est le Sahel. Pour rappel, il s'agit d'un territoire de cinq millions de km2, 10 fois la superficie de notre pays. Une région que la France a organisé sous l'appellation G5 Sahel.

La question est donc : cette opération militaire – l'opération Barkhane qui dure depuis six ans – a-t-elle rempli ses objectifs ? Paradoxalement, le faits que des terroristes s'en prennent comme hier à des civils est un signe de l'efficacité de Barkhane.

En faisant coopérer militairement 4 pays autour d'un noyau militaire français, Barkhane a permis de dépasser les égoïsmes régionaux qui permettaient aux djihadistes de se servir de la Mauritanie ou du Tchad comme base arrière.

De plus, chacune des armées nationales se sont considérablement renforcées en 6 ans : la Niger dans les forces aéroportées, le Tchad en coopération trans-frontalière, avec le Soudan notamment, la Mauritanie dans le renseignement et la lutte contre les trafics.

Et même la France, qui assume son rôle de coordination de forces très diverses, dont celles de l'ONU, la Minusma, ou de l'Union européenne. C'est précisément dans cette zone des « trois frontières » que Barkhane a obtenu récemment ses meilleurs résultats.

Frapper précisément à cet endroit des cibles qui ne sont pas militaires, est donc, pour des djihadistes quel qu'ils soient, une façon de reconnaître en creux cette efficacité et donc aussi de la défier.

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