Et maintenant ? Maintenant qu’est tombé le régime de Saddam, que les Irakiens renversent ses statues et que les Etats-Unis s’installent à Bagdad deux interrogations pèsent sur le monde. La première est de savoir si les Américains sauront relever le vrai défi irakien, celui de la paix. Ils ont, pour cela, des atouts. Après vingt-quatre années de guerres, de terreur et, depuis douze ans, d’embargo économique, l’Irak est dans un tel état de délabrement et de fatigue que ses populations n’aspirent plus qu’à respirer. Si les Etats-Unis parviennent à leur assurer un minimum d’ordre et de bien être, si leur présence améliore un tant soit peu la vie quotidienne des Irakiens, ils peuvent se faire accepter, réorganiser le pays et laisser, un jour, derrière eux, au cœur du Proche-Orient, un pouvoir qui leur serait favorable. Ce jour-là, ils auraient vraiment gagné mais, premier problème, il faut pour cela, beaucoup d’argent. Les Etats-Unis en ont. La reprise des exportations de pétrole irakien en fournira mais les Américains ne pourront ni tout financer ni attendre les deux années nécessaires au rétablissement de la rente pétrolière. Il leur faudra des soutiens internationaux et ils auront du mal à les obtenir s’ils refusent un rôle central à l’Onu dans la gestion de la transition irakienne et monopolisent les bénéfices de la reconstruction au profit de leurs seules entreprises. Pour l’heure, les contrats sont déjà attribués. Ils sont américains. Le Vice-président Dick Cheney estimait, hier, que les Nations-Unies n’étaient pas « équipées » pour gérer l’après-guerre et un militaire américain, le général Garner, s’apprête à prendre les commandes à Bagdad. Pour l’heure, les Etats-Unis sont décidés à piloter la paix comme ils sont entrés en guerre, sans rien demander à personne, et ce choix ne facilitera pas leur deuxième problème, la stabilisation politique de l’Irak. Très vite, les Américains devront trouver des forces sur lesquelles s’appuyer. Ils devront arbitrer entre Chiites, Kurdes et Sunnites, prendre des décisions économiques, trouver des relais irakiens à mêmes d’acquérir une légitimité, éviter, en un mot, de concentrer sur eux toutes les frustrations qui vont, inévitablement, se développer. Ce sera d’autant moins facile que, portés par la rapidité de leur victoire militaire, les dirigeants américains font déjà pression sur Damas et Téhéran. C’est la seconde interrogation. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, multiplie les mises en garde à la Syrie. Le sous-secrétaire d’Etat John Bolton, autre figure des faucons, déclare espérer que l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie « tireront les leçons » de l’Irak. La droite républicaine souhaite, en clair, battre le fer tant qu’il est chaud et, d’abord, amener les dirigeants iraniens à composer avec l’Amérique. Peut-être y parviendront-ils. Peut-être les conservateurs iraniens se diront-ils qu’avec des forces américaines à toutes leurs frontières et une population aspirant au changement, ils doivent chercher un compromis avec Georges Bush mais ils ont un autre choix. Ils peuvent aussi décider d’agiter les régions chiites de l’Irak et se doter – ils le pourraient et vite – d’armes atomiques. C’est l’Acte II du Grand jeu.

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