Les avertissements n’avaient pas manqué. Il y a des mois que les agences de l’Onu mettaient en garde contre les conséquences humaines, économiques et sociales de l’envolée des prix agricoles mais on y est. Le ventre creux, une foule déchaînée a tenté de prendre d’assaut, hier, le palais présidentiel haïtien. Au Burkina Faso, déjà secoué par des émeutes en février, une grève générale vient de paralyser le pays car la population n’a tout simplement plus les moyens de se nourrir. En Egypte, ce ne sont pas les élections municipales et leur boycottage par les Frères musulmans interdits de candidature qui font l’actualité mais la colère devant les boulangeries où le pain à prix subventionné vient à manquer. Avec 40% de ses citoyens survivant à la limite ou en dessous du seuil de pauvreté, le pain – ce pain dont le manque avait déclenché la Révolution française – est maintenant le premier problème de l’Egypte et la listes des pays où les prix alimentaires suscitent troubles ou tensions ne cesse plus de s’allonger : Côte d’Ivoire, Mauritanie, Mozambique, Sénégal, Maroc, Bengladesh ou Salvador dont les paysans, déjà misérables, achètent aujourd’hui moitié moins de nourriture pour la même somme qu’il y a dix-huit mois. Les statistiques sont précises. De mars 2007 à mars dernier, le maïs a augmenté de 31%, le riz de 74%, le soja de 87% et le blé de 130%. Dans les pays pauvres, dans les plus misérables comme dans ceux qui s’en sortaient plus ou moins, c’est déjà la catastrophe mais le pire n’est pas encore là car rien n’annonce même un ralentissement de ces hausses. Comme toujours en pareil cas, producteurs et intermédiaires ont tendance à stocker dans l’attente de nouvelles progressions des prix. Plusieurs pays exportateurs ont arrêté leurs exportations pour pouvoir répondre à la demande de leurs marchés intérieurs. On est dans une spirale de hausses, d’autant plus inquiétante qu’elle tient, avant tout, à des causes structurelles, les mêmes qui expliquent l’envolée parallèle des prix de l’énergie, gaz ou pétrole. La population mondiale est passée de 4 milliards d’hommes en 1975 à 6 milliards en 2000. Elle aura atteint les 8 milliards en 2025 et les deux pays les plus peuplés du monde, surtout, l’Inde et la Chine, connaissent une croissance continue qui ne demande pas seulement toujours plus de matières premières pour faire tourner leurs usines. Lorsqu’on s’enrichit, on mange plus. Pour ne donner qu’un exemple, la consommation de viande en Chine, a augmenté d’une fois et demi entre 1980 et 2007. Il y a peu de raisons que cette tendance s’inverse. On ne pourrait, au demeurant, pas le souhaiter et, à cette augmentation de la demande, s’ajoutent les dérèglements climatiques qui affectent, notamment, l’Afrique et le boom des biocarburants qui, tirés par l’augmentation des prix du pétrole, poussent encore les prix alimentaires vers le haut. Face à cette situation, les Etats les plus pauvres sont condamnés à augmenter leurs subventions et baisser leurs taxes, à réduire encore leurs revenus et leurs possibilités d’investissements. C'est le plus pervers des engrenages.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.