Pour l’Union européenne, c’est son « voisinage ». Pour la Russie, c’est son « étranger proche » mais quel que soit le nom générique donné à ces anciennes Républiques soviétiques qui, contrairement aux Républiques baltes, n’ont pas rejoint l’Union, elles constituent désormais une zone de crise. L’Ukraine se perd, depuis cinq ans, dans une constante bataille politique entre son président et son Premier ministre. La Moldavie a vécu, mardi, une journée d’émeutes dont elle sort déstabilisée et, depuis hier, c’est le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, qui affronte des manifestations de masse réclamant son départ. Mikhaïl Saakachvili, « Micha », dit-on à Tbilissi, c’est ce jeune géant polyglotte qui était arrivé au pouvoir, il y a six ans, en prenant la tête d’une « révolution de la rose » porteuse d’immenses espoirs de démocratisation et de rapprochement avec les Occidentaux, Etats-Unis et Europe. La Géorgie avait alors connu un bref moment d’euphorie mais il y eut, d’abord, des problèmes sociaux car la croissance économique n’avait pas été à la hauteur de l’enthousiasme politique ; puis il y eut, bien vite, des tensions politiques suscitées par l’autoritarisme de ce président qui tolère mal la critique et l’été dernier, enfin, il y eut ce coup de folie qui avait conduit Mikhaïl Saakachvili à tenter de récupérer par la force une province sécessionniste, l’Ossétie du Sud, qui s’était placée sous protection russe. Ce fut la guerre, une guerre que la Géorgie perdit en trois jours et dont elle est sortie amputée non seulement de l’Ossétie du Sud mais aussi de l’Abkhazie qui sont toutes deux devenues des protectorats russes après avoir proclamé leur indépendance, aussitôt reconnue par Moscou. « Micha » a conduit son pays à la défaite et une telle humiliation que, derrière l’opposition unie, quelques 80 000 Géorgiens lui criaient, hier, « Micha, va-t-en ! » et que les manifestations devaient reprendre aujourd’hui dans un bras de fer inquiétant. En Géorgie comme en Ukraine et en Moldavie le problème de fond est qu’une grande part de la population a espéré à la fois se protéger de toute nostalgie impériale de la Russie et rattraper le niveau de vie européen en se rapprochant des Occidentaux, que les Etats-Unis de Georges Bush avaient encouragé cette ambition en proposant aux Ukrainiens et aux Géorgiens d’entrer dans l’Otan et que la Russie a mis un coup d’arrêt à cette évolution lorsqu’elle a défait la Géorgie sans que Washington ne bouge. Depuis, ces pays sont comme en suspension, reprochant à leurs gouvernements de les avoir menés à l’impasse mais plus que jamais désireux de sauter un mur qui n’existe plus alors même que les Occidentaux, Barack Obama en tête, ne veulent plus de tensions avec Moscou. La solution serait de faire de ces pays des Etats neutres, des ponts entre les deux parties du continent Europe, mais il y a un préalable à cela. Il faudrait, d’abord, que les Occidentaux et la Russie stabilisent leurs relations. Tous le souhaitent mais ce n’est pas fait.

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