Il n’y a rien de commun entre l’Afrique subsaharienne et le Proche-Orient sauf une chose. La quasi-totalité des pays composant ces deux régions ont été des colonies françaises ou britanniques et leurs frontières, loin d’être enracinées dans l’histoire lointaine, sont de simples et donc récents legs des empires coloniaux.

Ce sont des frontières totalement artificielles, tracées au gré des partages entre des puissances qui étaient encore dominantes au tournant des deux derniers siècles. Plus grave encore, elles reflètent la volonté qu’avaient eue les empires de diviser pour régner puisqu’elles ont à la fois réuni et dispersé des peuples et civilisations à l’identité forte que d’anciens antagonismes avaient séparés.

C’est ce problème qui avait failli faire éclater la Côte-d’Ivoire, que l’on retrouve dans chacune ou presque des crises africaines et qui se pose aujourd’hui au Mali où les Touaregs n’acceptent pas la prééminence des Mandingues et rêvent de se constituer un Etat qui remanierait alors toutes les frontières de la bordure méridionale du Sahara. Sur cette question des frontières africaines, deux écoles s’affrontent depuis un demi-siècle. L’une dit qu’elles finissent par devenir vraies et que l’on ne saurait y toucher sans précipiter une Guerre de cent ans tandis que l’autre répond qu’il vaut mieux tenter de les faire évoluer par la négociation avant qu’elles n’éclatent dans un chaos généralisé.

Il n’y pas là de certitudes car ce qui est vrai pour tel pays ne l’est pas ailleurs. L’évolution de la crise malienne pourrait, à cet égard, être déterminante mais, pour l’heure, c’est au Proche-Orient que la fragilité des frontières coloniales devient la plus inquiétante. Sans même parler de la Palestine du mandat britannique que se disputent Israéliens et Palestiniens, le Liban, l’Irak, la Syrie, la Jordanie également, sont tous des Etats de création récente, d’anciennes possessions ottomanes que séparaient les limites administratives de la Sublime Porte et que la France et la Grande-Bretagne ont littéralement dessinés lorsqu’elles se sont partagé les restes de l’Empire ottoman à la faveur de la Première guerre mondiale.

On trouve, au Liban, à peu près toutes les religions musulmanes et chrétiennes. L’Irak est fait d’une majorité chiite et de minorités kurde, sunnite et, pour ce qu’il en reste, chrétiennes. La Syrie est aujourd’hui dirigée par des alaouites mais sa population, majoritairement sunnite, est aussi faite de chrétiens, de Kurdes et de Druzes et, dans le conflit régional qui se noue autour d son drame actuel, les solidarités ethniques et religieuses tendent toujours plus à l’emporter sur les frontières nationales. La question frontalière ressurgit au Proche-Orient et ce n’est pas une bonne nouvelle.

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