Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, achève une tournée en Europe qui l’aura mené à Bruxelles, Berlin, Francfort, Paris et Rome. Nouvellement nommé, il avait à se faire connaître de ses interlocuteurs européens mais là n’était pas le principal objectif de ce déplacement.

Jack Lew avait un message à faire passer qui pourrait se résumer, en traduction libre mais parfaitement fidèle sur le fond, par un « quand allez-vous en finir enfin avec cette folie de l’austérité ? ». Il ne l’a naturellement pas dit ainsi. Pour en rester au mot à mot, il a estimé que « le moteur de la croissance serait la demande des consommateurs » et ajouté que « des politiques soutenant la demande dans les pays qui en ont la capacité seraient utiles ».

C’était plus courtoisement dit mais cela signifiait que le monde et les Etats-Unis en tête avaient besoin d’une croissance européenne plus forte pour ne pas flancher à leur tour et que l’Allemagne dont les comptes publics étaient légèrement excédentaires en 2012 et dont les exportations sont florissantes devrait donc relancer sa consommation intérieure en augmentant ses salaires afin d’augmenter ses importations et de soutenir, par là, ses partenaires européens.

Même courtoisement formulé, c’était si clair que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, lui a plutôt sèchement rétorqué qu’il n’était pas indispensable « de se donner des conseils en public » et que « personne en Europe ne voyait de contradiction entre consolidation budgétaire et croissance », autrement dit entre austérité et augmentation de la consommation. Bon… C’est la position de la droite allemande au pouvoir mais M. Schäuble la défendait là en prenant beaucoup de libertés avec les faits.

Non seulement la France partage totalement la position américaine comme Pierre Moscovici l’a souligné devant Jack Lew, non seulement l’écrasante majorité des économistes européens crient aussi casse-cou devant les excès d’austérité budgétaire de l’Union, mais l’ancien ministre allemand des Finances, Peer Steinbruck, est également sur la position franco-américaine, position que partagent beaucoup d’autres pays européens même s’ils restent minoritaires dans l’Union.

Candidat de la social-démocratie aux législatives allemandes de septembre prochain, M. Steinbruck déclarait hier au Monde que « l’Allemagne devait renforcer son pouvoir d’achat pour mieux équilibrer la balance des paiements courants avec ses partenaires », que « mettre uniquement l’accent sur les économies était une erreur qui crée un cercle vicieux » et qu’une « politique de croissance et d’emploi devait être mise en place de manière beaucoup plus stricte et ambitieuse par un gouvernement économique européen ».

C’est exactement ce que martèle François Hollande dans toutes ses rencontres européennes mais si cette idée progresse, lentement, trop lentement, elle n’a pas encore convaincu la majorité de gouvernements de droite qui pilote aujourd’hui l’Union. Dommage, extrêmement dommageable car l’austérité est en train d’ajouter une crise politique à la crise économique qu’elle amplifie jour après jour.

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