Rien n’est encore acquis. La plus grande prudence reste de mise mais il semble désormais possible que les grandes puissances et l’Iran parviennent à conclure, d’ici juillet, un accord sur la question nucléaire dont la signature viendrait tout modifier au Proche-Orient.

Hier soir, à l’issue d’une nouvelle étape des négociations ouvertes à l’automne dernier, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammed Zarif, a déclaré que « 50% à 60% » du projet de texte final ne faisait plus discussion. Les Américains ont, pour leur part, qualifié de « professionnels et utiles » les entretiens bilatéraux qu’ils avaient eus avec la délégation iranienne. Le directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique a parallèlement jugé que les Iraniens se montraient « coopératifs » dans l’application de l’accord intérimaire de novembre dernier et il a surtout été annoncé qu’on entrait maintenant dans la phase de rédaction de l’accord final, le vif du sujet.

Puisqu’il n’est plus impossible de le faire, mettons donc les choses au mieux. Un accord est signé dans trois mois sur un mécanisme de vérification internationale du programme nucléaire iranien. L’Iran renonce à se doter de la bombe. Les sanctions internationales qui le frappent sont levées. L’Iran, l’un des premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole, réintègre le marché mondial et trois conséquences majeures s’ensuivent.

La première est que les prix de l’énergie baisse car l’offre en est bientôt accrue. C’est une bonne, une très bonne nouvelle pour l’économie mondiale et notamment pour la Chine et l’Union européenne qui ne disposent pas de ressources propres. C’est en revanche une très mauvaise nouvelle pour la Russie qui tire l’essentiel de ses revenus de son gaz et de son pétrole et les utilisent comme arme politique. Vladimir Poutine en est affaibli alors même que la croissance de l’économie russe est en forte baisse et que la crise ukrainienne est en train de spectaculairement accélérer la fuite des capitaux russes et de ralentir l’investissement étranger.

Deuxième conséquence, sur la scène intérieure iranienne cette fois-ci, la popularité des réformateurs élus au début de l’été dernier sur la promesse de faire lever les sanctions internationales en est tellement accrue qu’ils deviennent pratiquement intouchables. Ils ont la possibilité d’introduire les mesures de libéralisation ardemment attendues par la population et nul ne peut dire à l’avance s’ils pourront alors trouver le rythme et le dosage nécessaires pour éviter à la fois un raidissement des conservateurs et des manifestations de rue en faveur des réformes. C’est autrement dit, l’avenir ou la nature, en tout cas, de ce régime qui peut être mis en question par la levée des sanctions et il y a, là, un immense point d’interrogation.

Troisième conséquence, pour peu qu’il ne bascule pas dans la révolution, l’Iran deviendra vite ce que son niveau culturel, sa puissance militaire et ses ressources naturelles lui permettent d’être : la première puissance du Proche-Orient, un Etat totalement incontournable mais qui ne pourra vraiment s’affirmer qu’en rassurant ses voisins, tous déjà ligués contre lui.

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