Le chef du gouvernement italien était hier à Malte, Etat insulaire de la Méditerranée, membre de l’Union européenne et pays tout aussi confronté que l’Italie aux arrivées de bateaux chargés de réfugiés fuyant les guerres et la misère des mondes arabes.

« Il faut s’attaquer aux racines du problème », y a dit Matteo Renzi en expliquant que l’Union, toute l’Union, devait relever le défi de l’anarchie dans laquelle est plongée la Libye puisque c’est des côtes libyennes que les passeurs organisent à prix d’or l’essentiel des départs vers l’Europe. « Sans paix en Libye, l’immigration se poursuivra », a-t-il poursuivi en faisant valoir que, si l’Union restait bas croisés, il y aurait une "faillite" de ses institutions et qu’elle ne devrait pas commettre l’erreur de ne pas considérer la Méditerranée comme une question centrale pour tous ses Etats membres et non pas seulement pour ceux qui la bordent.

C’est l’évidence même mais que peut faire l’Union ?

Elle pourrait, évidemment, envisager d’intervenir en Libye. Elle pourrait dire aux factions qui s’y affrontent que, si elles ne recherchent pas un compromis et n’y parviennent pas, c’est l’Europe qui viendra mettre de l’ordre dans ce pays et qu’elle pourrait même le faire en liaison avec l’Egypte qui s’inquiète elle aussi du développement de ce chaos à ses frontières.

Première puissance économique du monde, à égalité avec les Etats-Unis, l’Union européenne aurait tous les moyens de ne pas rester passive mais le problème est qu’elle n’a pas les instruments de sa puissance.

L’Union n’a pas d’armée. Elle n’a pas de Défense commune. A l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, ses pays n’ont pas de vraies forces à projeter et, pire encore, la France est au bout de ses capacités d’intervention tandis que la Grande-Bretagne s’est mise aux abonnés absents tant elle reste traumatisée par l’erreur qu’avait été sa participation à l’aventure irakienne de Georges Bush.

L’Union devrait agir en Libye mais le fait est qu’elle n’en a pas les moyens car elle ne s’est jamais souciée de se les donner et qu’elle n’a pas même de politique étrangère. L’Union a, certes, des diplomates. Elle a même - c’est une Italienne - une ministre des Affaires étrangères qui en a la fonction sans le titre, mais elle n’a pas de diplomatie commune puisqu’il faudrait, pour que ce soit le cas, qu’elle ait un exécutif commun procédant du suffrage universel et qu’elle en est loin.

Contrairement à ce qu’a dit Matteo Renzi, ce n’est ainsi pas une "faillite" des institutions européennes que la crise libyenne donne à voir mais leur dramatique insuffisance, leur totale inadéquation à une nouvelle période dans laquelle l’Europe découvre que le parapluie américain est au moins percé alors qu’elle est confrontée, à l’Est, aux visées impériales de Vladimir Poutine et, au Sud, à une instabilité toujours plus inquiétante. L’Europe devrait passer une vitesse. C’est maintenant une question de sécurité mais, en Europe, ce sont maintenant les europhobes qui ont le vent en poupe.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.