Le tableau n'est pas rose mais si vous n’aimez pas l’Union, essayez la désunion

Ce ne sera pas facile. Mardi prochain, quand Emmanuel Macron se présentera devant le Parlement européen pour y défendre sa vision de l’Union et, de fait, ouvrir la campagne pour les élections européennes de 2019, chacun pensera que oui, bien sûr, il y croit, il est sincère, mais… 

Mais triomphale réélection d’Orban en Hongrie, extrême réticence, collectivement exprimée, des Pays-Bas et de sept autres pays du Nord devant les idées françaises de budget commun de la zone euro, montée des eurosceptiques en Italie, prudence obligée, surtout, de Mme Merkel qui doit tenir compte de l’aile droite de son parti assise sur le frein des propositions françaises. 

Même les plus désireux de voir l’Union progressivement affirmer une union politique en son sein se diront, autrement dit, que ce président français qui avait fait retentir l’hymne européen au soir de son élection n’a pas les moyens de son ambition mais est-ce tellement vrai ? 

Alors oui, si l’on reprend point par point, ça ne l’est que trop. 

Le triomphe remporté dimanche par Viktor Orban signifie que la Pologne, la Slovaquie et la  République tchèque vont plus que jamais s’appuyer sur la Hongrie pour affirmer les souverainismes de l’Europe centrale. Très majoritairement libérale, l’Europe du Nord va continuer d’exiger le complet équilibre des comptes publics avant d’accepter le moindre investissement commun. L’Italie va rester longtemps sans tête ou pire encore, rejoindre les souverainistes d’Europe centrale et la chancelière, enfin, ne se maniera pas aisément. 

Le tableau n’est pas rose. Il est sombre mais en même temps… 

Eh bien, en même temps, la croissance reprend de la vigueur dans l’Union tandis que le chômage y recule, y compris en France. Les Européens le sentent et la meilleure preuve en est le spectaculaire redémarrage des revendications sociales en Allemagne et en France. Le Royaume-Uni souffre tant du Brexit que les idées de sortie de l’Union ou de l’euro ne font pas recette. Elles ont même tant coûté à Mme Le Pen que tous les pourfendeurs de l’Union ont précipitamment mis leur drapeau dans leur proche et n’auraient pas tant progressé s’ils ne l’avaient pas fait. Quant à la Hongrie et à ses voisins, ils se gardent de rompre avec l’Union car ils savent ce que la solidarité européenne leur rapporte. 

Il n’y a pas, en un mot, de majorité en Europe pour défaire son unité car un enfant comprendrait qu’à l’heure des chaos proche-orientaux et de MM. Trump et Poutine, nous avons un intérêt vital, nous autres Européens, à serrer nos rangs dans la tempête et à défendre ensemble un degré de liberté et de protection sociale qui n’existe nulle part ailleurs au monde.

Ce ne sera pas facile mais tout tient en une phrase : si vous n’aimez pas l’Union, essayez la désunion.  

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