Quelque 900 millions d’électeurs indiens sont appelés à voter au cours des 39 prochains jours dans le plus grand exercice électoral au monde. Le premier ministre nationaliste hindou espère être reconduit malgré ses promesses pas toujours tenues.

Une femme indienne porte un masque à l’effigie du premier ministre, Narendra Modi, à un meeting électoral du parti nationaliste hindou BJP, mardi 9 avril à Hyderabad.
Une femme indienne porte un masque à l’effigie du premier ministre, Narendra Modi, à un meeting électoral du parti nationaliste hindou BJP, mardi 9 avril à Hyderabad. © AFP / NOAH SEELAM / AFP

L’Inde entame jeudi le cycle de ses élections législatives, et ce n’est pas une petite affaire : 900 millions d’électeurs inscrits, un million de bureaux de vote, un scrutin tournant par États étalé sur 39 jours, et des résultats qui ne seront connus que le 23 mai. Une démocratie imparfaite, un processus complexe, mais qui a permis jusqu’ici des alternances démocratiques ; à comparer avec l’autre géant d’Asie, la Chine, qui a un parti unique, une presse muselée, et des prisons pleines.

Mais l’Inde a aussi sa part d’ombre, surtout sous la direction de son premier ministre sortant, Narendra Modi, qui espère bien être reconduit à l’issue de ces législatives. Il est rare de mentionner son nom lorsqu’on énumère les dirigeants populistes dans le monde, et pourtant, le chef du BJP (Bharatiya Janata Party), le parti nationaliste hindou, rentre pleinement dans cette catégorie.

Christophe Jaffrelot, spécialiste français de la politique indienne, le qualifie même de « national-populiste », comme le montrent certains de ses discours de campagne. Il y a quelques jours, Modi n’hésitait pas à utiliser les récents accrochages militaires avec le Pakistan pour récupérer électoralement les victimes du terrorisme, et accuser ses rivaux du Parti du Congrès, le parti de Gandhi et Nehru, d’être des traitres vendus aux musulmans.

Comme dans d’autres pays marqués par un homme dit providentiel, hier en Israël avec Netanyahou, l’an prochain avec Trump, le principal enjeu du scrutin est finalement pour ou contre Narendra Modi.

C’est la personnalité clivante du premier ministre qui est au cœur des débats, et pas son programme qu’il n’a d’ailleurs rendu public que trois jours avant le début du vote. En 2014, il s’était fait élire sur la promesse de grandes réformes destinées à booster une croissance économique en retard sur le rival chinois ; le bilan n’est pas déshonorant, mais n’est pas à la hauteur des promesses, avec un chômage des jeunes encore trop élevé, et des décisions économiques pas toujours heureuses. 

Restent donc les fondamentaux du nationalisme hindou, et en particulier l’exclusion des minorités ethniques ou religieuses, de plus en plus traitées comme des citoyens de seconde catégorie.

Ces élections devaient initialement être faciles à remporter ; mais des scrutins régionaux ont montré ces derniers mois un retour en grâce du Parti du Congrès, le vieux parti historique, de nouveau dirigé par un héritier de la dynastie Gandhi, Rahul, le petit-fils d'Indira Gandhi.

Narendra Modi sera sans doute reconduit comme premier ministre, mais son rêve exprimé tout haut d’éradiquer le Parti du Congrès et ses valeurs laïques, n’est assurément pas d’actualité.

Le véritable enjeu est de savoir si l’Inde tiendra les promesses de sa modernisation, entamée avec retard sur celle de la Chine, l’étalon avec lequel elle se compare en permanence, sur tous les plans, économique, militaire, ou politique. Pékin a aujourd’hui l’avantage partout ; sauf sur un point : la démocratie, même abimée par le national-populisme de M. Modi.

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