L’Arabie saoudite a décrété un cessez-le-feu de quinze jours au Yémen, entré en vigueur hier, à cause de la menace du coronavirus. Cette trêve pourrait être l’occasion de mettre fin à cette guerre cruelle qui dure depuis cinq ans.

Une femme yéménite porte un masque dans une rue de la capitale, Sanaa, alors que la crainte du coronavirus est à l’origine du cessez-le-feu entré en vigueur jeudi à midi.
Une femme yéménite porte un masque dans une rue de la capitale, Sanaa, alors que la crainte du coronavirus est à l’origine du cessez-le-feu entré en vigueur jeudi à midi. © AFP / Mohammed HUWAIS / AFP

Le coronavirus réussira-t-il là où les diplomates ont échoué ? L’Arabie saoudite a décrété hier à midi un cessez-le-feu dans la guerre qu’elle mène depuis cinq ans au Yémen. Et c’est la peur du Covid-19 qui a provoqué cet arrêt des combats dans une des guerres les plus cruelles de notre époque.

Ce n’est certes pas le premier cessez-le-feu, et tous les précédents ont échoué. Il y a néanmoins quelques raisons de prendre celui-ci au sérieux. Les rebelles houthis yéménites contre lesquels combattent les Saoudiens, ont adressé eux aussi une offre de paix aux Nations Unies. 

Le coronavirus est à la fois une menace bien réelle, même s’il n’y a officiellement qu'un seul cas au Yémen ; mais il peut aussi servir de prétexte idéal pour interrompre une guerre qui ne mène nulle part. Prévue pour quinze jours, la trêve du coronavirus pourrait, peut-être -il faut rester prudent- se transformer en accalmie plus durable.

En cinq ans, les armées coalisées d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis n’ont pas réussi à remporter le succès décisif qu’elles escomptaient contre un adversaire accusé d’être soutenu par l’Iran. Dans le même temps, le conflit a ravagé ce pays et créé ce que l’ONU a qualifié de « pire désastre humanitaire » de ce siècle. L’arrivée du coronavirus dans ce contexte serait une catastrophe.

Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman avait pris l’initiative de cette guerre en 2015 pour affirmer son ascension, mais aussi manifester un « réveil » sunnite face à l’Iran. Le Yémen devait être la preuve de son leadership, il a été le premier d’une longue série d’échecs du jeune prince.

S’agit-il juste d’un geste de relations publiques, accompagné d’ailleurs d’un don de 500 millions de dollars pour la reconstruction du Yémen et 25 millions pour la lutte contre le coronavirus ? ou s’agit-il d’une sortie honorable et la guerre ne reprendra pas à l’issue de la trêve, si les diplomates savent se saisir de l’occasion… Difficile à dire.

Mais plusieurs raisons militent pour un  désengagement saoudien. Et là encore, on retrouve le coronavirus, présent dans le royaume, au point de toucher quelque 150 membres de la famille royale. Selon le New York Times, le roi Salman, qui a 84 ans, a été mis en sécurité dans un palais situé sur une île. Au total, l’Arabie saoudite annonce 41 morts.

L’autre raison tient aux prix du pétrole, historiquement bas, et que le royaume voudrait sauver en mettant fin à sa guerre des barils avec la Russie. L’Arabie saoudite n’a pas de vrais problèmes de fin de mois, mais doit prendre des précautions.

Enfin, l’Arabie saoudite préside le G20, une lourde responsabilité pour le prince héritier en plein chaos économique mondial : alors, remplacer l’image de commanditaire du meurtre, en 2018, du journaliste Jamal Khashoggi, par celle de la paix au Yémen, peut être une tentation.

Quoi qu’il en soit, il ne faudrait pas rater cette occasion de sortir le Yémen du conflit. Dommage qu’il ait fallu une pandémie pour le permettre, mais l’important est que cette sale guerre s’arrête.

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