Tout semble justifier cette analyse. Tout semble faire, c’est vrai, des dix futurs nouveaux membres de l’Union des agents objectifs des Etats-Unis. Comme le Herald le soulignait hier, huit d’entre eux sont d’anciens satellites ou même d’anciennes républiques de l’URSS, des pays que la domination soviétique a privé durant quarante ans d’une indépendance que la plupart d’entre eux n’avaient acquise qu’aux lendemains de la Première guerre mondiale. C’est donc peu dire qu’ils sont attachés à leur souveraineté, autrement dit pas du tout enclins à en céder la moindre parcelle à un pouvoir supranational, fût-il l’émanation d’un consensus démocratiquement établi au sein d’une Union qu’ils rejoignent pourtant librement. Leur tendance naturelle les porte, bien au contraire, à préférer une Union qui se limiterait à une unité économique et douanière, à cette vaste zone de libre-échange réunissant des Etats demeurés souverains et dont la Grande-Bretagne est le défenseur acharné. Cette préférence est d’autant plus forte dans ces pays de l’ancienne Europe communiste que le libéralisme en faveur duquel ils ont tous opté les pousse également à se méfier de toute idée de régulation, donc d’Etat commun et, à fortiori, de fortes institutions politiques communes. Dernier point de nature à rassurer les Etats-Unis, ces pays ont si longtemps considéré l’Amérique comme leur seul espoir de libération qu’ils ne font confiance, pour leur sécurité, qu’à Washington, que toute idée de désaccord avec les Américains leur répugne et qu’ils rêvent, comme les Etats-Unis, d’un grand ensemble euraméricain fédéré par l’Otan. Tout cela est vrai mais il est faux d’en conclure que l’Amérique va désormais disposer d’un cheval de Troie dans l’Union qui lui permettra de la piloter à sa guise. C’est ce que croient les Américains mais ils oublient là trois choses. La première est que, si libéraux soient-ils aujourd’hui, ces pays ont un besoin vital de la solidarité européenne, d’une redistribution pour se mettre à niveau qui dépendra de décisions politiques communes, de l’affirmation d’institutions communautaires garantes du long terme et du bien commun européens. Pologne en tête, ces pays ne sont ainsi pas les derniers à défendre la Politique agricole commune que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis combattent. La deuxième réalité qu’ignore ce raisonnement du Herald est que ces pays vont entrer dans une Union dans les institutions auront d’ores et déjà été modifiées, qui sera incarnée par un Président et où les votes à la majorité vont s’imposer dans des domaines de plus en plus nombreux. Virtuellement, l’Union est déjà une union politique qui s’affirmera en autre puissance mondiale, aux cotés des Etats-Unis et, s’il le faut, face à eux. Et puis, enfin, l’Union est et va demeurer une démocratie, une fédération dont les politiques dépendront de votes et de l’alternance beaucoup plus que des visions que tels ou tels Etats ont aujourd’hui d’eux-mêmes. Il y a une dynamique de la construction de l’Union qui la porte et la portera de plus en plus à s’affirmer pour elle-même.

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