Depuis le référendum socialiste sur la Constitution européenne, on le sait en France. Une consultation interne à un parti, la seule détermination de la ligne d’une formation par ses cadres ou ses militants, peut avoir des conséquences qui le dépassent, et de loin. C’est le cas de ce vote par lequel les cadres du Likoud, de la droite israélienne, ont massivement accepté, hier, 62% de « oui », la formation d’un gouvernement d’union nationale avec les Travaillistes de Shimon Pérès. C’est un moment capital, pour le Proche-Orient, pour la paix, pour le monde, car l’appareil du Likoud, après deux refus de suite, en août et en mai derniers, s’est ainsi rallié à la volonté d’Ariel Sharon de procéder, dans les six mois à venir, à l’évacuation de la Bande de Gaza par Israël. Pour la droite israélienne, c’est une révolution. Elle vient de répudier là ce qui était son cœur idéologique, l’ambition d’un grand Israël s’étendant, de la mer au Jourdain. Symboliquement, cela signifie qu’il n’y a plus, à la droite de l’échiquier politique israélien, d’obstacle de principe à la formation d’un Etat palestinien dans les Territoires occupés. Une hypothèque est levée mais elle n’est pas que symbolique. Si l’appareil du Likoud s’est finalement résolu à ce tournant, ce n’est pas seulement parce qu’Ariel Sharon le menaçait, en cas de nouveau refus, d’anticiper les élections pour appeler les électeurs à trancher. C’est surtout parce que les électeurs aurait alors tranché pour l’évacuation de Gaza, pour ce gouvernement d’union entre Ariel Sharon et Shimon Pérès en faveur duquel plus de 70% des Israéliens se prononcent aujourd’hui. L’opinion israélienne s’est retournée. Après avoir perdu l’espoir de la paix lorsque Yasser Arafat avait relancé, il y a quatre ans, l’Intifada et refusé le plan de paix de Bill Clinton, ce plan que les Travaillistes avaient alors accepté, après avoir massivement basculé à droite, les Israéliens repassent dans le camp de la paix qui retrouve, là, l’appui qu’il avait perdu. La paix n’en est pour autant pas faite mais, quelle que soit la prudence qui s’impose, si grandes que soient les difficultés à venir, le fait est que l’optimisme n’est plus interdit au Proche-Orient. Le fait est qu’au même moment, et ces deux mouvements, bien sûr, se renforcent l’un l’autre, la présidentielle palestinienne de janvier prochain devrait consacrer l’arrivée aux commandes d’hommes, Mahmoud Abbas en tête, qui avaient eu le courage de dénoncer la « militarisation » de l’Intifada, d’hommes de raison qui sont réellement prêts à un règlement de cette guerre sans fin. Le gouvernement d’union israélien devrait être en place sous dix jours. Shimon Pérès est certain, ses amis le disent, qu’Ariel Sharon veut désormais - Gaza d’abord, la Cisjordanie ensuite - évacuer l’ensemble des Territoires occupés, échanger les Territoires contre la paix. Le gouvernement égyptien en parait également convaincu. Le changement de donne est suffisamment réel pour que la Syrie tente de se joindre au mouvement. Une première étape est franchie. Pour les autres, on en est aux promesses d’un début.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.