Une norme ne se juge pas à son efficacité mais à la valeur qu’elle affirme. Les Dix Commandements sont loin d’avoir été respectés, notamment pas le « Tu ne tueras point », mais il n’en marquent pas moins le passage de la jungle à la civilisation. Les lois qu’ils ont inspirées n’ont jamais empêché, non plus, les meurtres, le vol ou la corruption mais il suffit d’imaginer ce que nos sociétés seraient sans elles pour comprendre leur importance et il en va de même de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Adoptée par l’Onu il y a juste soixante ans, conçue comme l’affirmation de droits universels et inaliénables qui seraient autant de remparts contre tout nouveau nazisme, elle a été tranquillement bafouée par d’innombrables massacres, des dizaines de dictatures, les génocidaires du Rwanda et d’incessantes atteintes, partout, jusqu’aux dans les démocraties, aux libertés les plus élémentaires. On pourrait la dire vaine, dérisoire, risible mais, non. Depuis qu’elle existe, les buveurs de sang savent que, même à l’abri de leurs frontières, ils sont devenus des hors la loi internationale et peuvent, depuis une décennie, se retrouver devant la Cour pénale internationale. Sans la Déclaration universelle et ses trente articles, il n’y aurait pas eu de conventions internationales contre la torture, sur les droits de la femme et les droits de l’enfant. Elle a créé du droit, plus contraignant qu’elle. Depuis qu’elle existe, de simples citoyens peuvent la brandir contre leurs Etats, en Europe au moins. C’est elle qui avait permis aux dissidents du bloc soviétique de s’armer du droit. C’est elle, encore, qui a permis, hier, aux opposants cubains et chinois de donner de la voix. Si elle n’existait pas, il faudrait évidemment l’inventer, d’urgence, pour que l’humanité puisse tendre vers son respect, mais il faut apprendre, aujourd’hui, à la défendre. Parce que ses articles font loi, parce qu’ils sont devenus les fondements mêmes du droit international, les citoyens des pays dans lesquels on est libre de les défendre ont trop tendance à considérer, aujourd’hui, que ce serait à leurs Etats de le faire et il y a, là, une double erreur. La première est de croire que les Etats démocratiques pourraient ostraciser les dictatures, autrement plus nombreuses qu’eux, et les contraindre à respecter les libertés. Ils ne le peuvent parce que les échanges économiques et la stabilité internationale, la paix, exigent d’entretenir des relations avec des régimes détestables et qu’on ne peut pas toujours, loin de là, leur opposer la force. C’est, d’abord, aux citoyens de défendre les droits de l’homme. C’est même essentiellement à eux de le faire car on commet, bien trop souvent, une seconde erreur en oubliant que les démocraties elles-mêmes bafouent les droits de l’homme – l’Amérique avec la torture et Guantanamo ou l’Europe en déniant toujours plus le droit d’asile – et que le premier devoir de leurs citoyens est de les rappeler à leur obligations, de veiller, jour après jour, à ce qu’elles soient exemplaires car c’est précisément l’exemplarité qui est la première arme de ces droits tellement fondamentaux.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.