A gauche, à droite, au centre et ailleurs, il y a peu de gens qui ne soient pas choqués par les bonus bancaires. Depuis les faillites de Wall Street et la crise économique qui s’est ensuivie, c’est même devenu, partout, un sujet d’indignation, d’autant plus forte que les banques ont renoué, comme si de rien n’était, avec la distribution de ces primes faramineuses à leurs principaux opérateurs après avoir été sauvées par l’argent public. A quelques mois d’élections qui s’annoncent serrées, il n’était donc pas politiquement maladroit pour les travaillistes britanniques d’inclure dans le projet de budget qu’ils ont présenté hier un impôt anti-bonus particulièrement dissuasif. A compter de ce jour et jusqu’au 5 avril prochain, toutes les banques de Grande-Bretagne, qu’elles soient britanniques ou filiales de banques étrangères, devront s’acquitter d’une taxe spéciale équivalente à la moitié du total des primes supérieures à 25 000 £ qu’elles auront versées. « Les banques peuvent utiliser leurs bénéfices pour augmenter leurs fonds propres, a expliqué Alistair Darling, le ministre des Finances de Gordon Brown mais, si elles persistent à vouloir verser des bonus importants, a-t-il poursuivi, je suis déterminé à récupérer de l’argent pour les contribuables ». Ca ne pourra pas déplaire aux électeurs que sont ces contribuables. Cela s’inscrit, qui plus est, dans une très forte affirmation électorale du parti travailliste comme parti des pauvres, systématiquement opposé au parti des riches que seraient les conservateurs. Gordon Brown et ses ministres ne perdent plus une occasion de brocarder David Cameron, le jeune chef de l’opposition conservatrice, comme un gosse de riche, issu de cet enseignement privé, huppé et coûteux dont vient aussi la moitié de son équipe et qui l’aurait plus préparé à comprendre les intérêts de ceux d’en haut que les difficultés de ceux d’en bas. Délibérément répandu par les travaillistes, il y a comme un parfum de luttes de classe sur la campagne électorale qui s’ouvre en Grande-Bretagne. Nul doute que le gauche continuera de jouer cette carte qui paraît, de fait, l’aider à réduire l’écart qui la sépare des conservateurs. Après leur long virage libéral des années Blair, les travaillistes se repositionnent à gauche, à fond toute, pour éviter une défaite au printemps mais ce phénomène n’est pas que britannique. Martine Aubry le disait hier au micro du 7/10, la récente réunion, à Prague, du Parti socialiste européen a marqué un virage à gauche des partis sociaux-démocrates de l’Union qui convergent désormais sur l’idée que leurs flirts avec le libéralisme leur ont coûté beaucoup de voix, que la crise a redonné un appel et une pertinence au rôle économique de l’Etat, à la protection sociale, à la redistribution par l’impôt et à la défense des services publics. Non seulement c’est là-dessus qu’ils veulent refonder leurs propositions mais ils ambitionnent maintenant d’aller aux prochaines élections européennes avec un candidat commun au poste de président de la Commission qui incarnerait ce tournant. Crise aidant, quelque chose change dans le paysage européen.

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