Un mot fait obstacle à cette réconciliation, pourtant nécessaire aux deux pays. La Turquie veut des « excuses » alors qu’Israël n’est prêt à formuler que des « regrets » pour les 9 morts qu’avait provoqués, le 31 mai dernier, l’assaut lancé par sa marine contre le ferry turc qui s’approchait des côtes de Gaza pour y livrer une aide humanitaire. Cette question de vocabulaire pourrait bien tout bloquer mais si Turcs et Israéliens insistent publiquement sur leur volonté de tourner cette page, s’ils ont tenu, pour cela, de discrètes négociations le week-end dernier à Genève, c’est que tout les pousse à normaliser leurs relations. Pour Israël, la Turquie est non seulement le seul pays musulman à l’avoir reconnu dès sa création ou presque mais également un allié avec lequel il a d’importants échanges économiques et entretient, surtout, une coopération militaire allant jusqu’à des manœuvres communes et des livraisons d’armes. Israël aurait beaucoup à perdre à laisser se dégrader cette relation privilégiée et la Turquie, de son côté, ne souhaite pas en rester à un refroidissement qui compromet sa singularité sur la scène internationale et l'affirmation diplomatique qu'elle lui permet. En plein boom économique, la Turquie tient à continuer d’être un pays à nul autre pareil. Seul pays musulman membre de l’Otan, très proche des Etats-Unis et candidate à l’entrée dans l’Union européenne, la Turquie appartient au camp occidental depuis les débuts de la Guerre froide. Elle est laïque et tournée vers l’Europe depuis près d’un siècle mais son actuel gouvernement, formé par d’anciens islamistes qui ont renoncé à tout extrémisme pour devenir « islamo-conservateurs », s’est attaché à restaurer des liens étroits avec tous les Etats du Proche-Orient. Longtemps regardée avec méfiance par une région qui n’oubliait pas qu’elle est l’héritière d’un empire, l’empire ottoman, qui l’avait dominée jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, la Turquie était ainsi parvenue à être en aussi bons termes avec l’Amérique que l’Iran, la Syrie qu’Israël, l’Arabie saoudite que l’Egypte ou l’Irak. La politique turque est d’avoir « zéro problèmes » avec l’ensemble de ses voisins régionaux et de reconstituer de cette manière, par l’économie et la diplomatie, l’influence et le poids qu’elle avait aux temps ottomans. La Turquie veut être à la fois l’alliée des Occidentaux et l’amie des pays arabes issus de son ancien empire mais, pour se réconcilier avec eux, pour y devenir populaire, elle s’était lentement démarquée d’Israël, en condamnant, il y a deux ans, la guerre de Gaza puis en organisant, au printemps dernier, cette flottille humanitaire dont l’objectif, totalement politique, était de rompre le blocus israélien sur ce territoire palestinien contrôlé par le Hamas. Il en était résulté des combats, ces 9 morts, une glaciation des relations turco-israéliennes mais Israël ne peut pas plus perdre un tel allié que la Turquie ne peut perdre l’atout d’être le carrefour de la région, ce pays de l’Otan à même d’aussi bien dialoguer avec l’Iran qu’avec Israël.

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