C’est l’accident de parcours dont l’Europe se serait bien passée. Après avoir par deux fois retiré le soutien de ses députés au professeur d’économie Monti, le chef du gouvernement qui conduit depuis un an le redressement des comptes publics italiens, Silvio Berlusconi a annoncé qu’il revenait dans l’arène électorale à l’âge de 76 ans et ainsi bouleversé la scène politique de son pays.

Virtuellement privé de majorité parlementaire, Mario Monti a fait savoir qu’il démissionnerait sitôt le budget 2013 adopté, autrement dit avant Noël, et l’Italie sera donc appelée à des élections anticipées qui devraient se tenir fin février ou début mars. A priori, cela ne fait qu’avancer un peu le calendrier puisque des législatives devaient, de toute manière, avoir lieu au printemps mais cette décision de Silvio Berlusconi change en fait tout en Italie.

Maintenant que son ancien chef de file est de retour, la droite italienne risque fort de se scinder entre ceux qui le suivront et ceux qui ne voudront pas se compromettre à nouveau avec un homme inculpé dans un chapelet d’affaires de malversations financières et de détournement de mineures toutes plus scabreuses les unes que les autres. La reconstruction d’une droite unie et recentrée parait désormais hors de portée en Italie aussi et le plus inquiétant est que ce multi-milliardaire s’apprête à faire campagne en surfant sur le mécontentement social qu’a suscité la réduction du déficit budgétaire.

Après avoir supprimé, lorsqu’il était au pouvoir, les droits de succession pour protéger les intérêts de sa descendance qui héritera d’une des plus grosses fortunes d’Italie, après avoir fait voter des lois de circonstance pour se mettre à l’abri de la Justice et avoir allégrement mélangé la gestion du pays et celle de son patrimoine, le « caïman », comme on l’appelle à Rome, va en un mot se présenter en avocat des plus modestes pour tenter de récolter leurs voix en leur vendant de fausses solutions.

Cela ne marchera pas. Silvio Berlusconi a trop lassé son pays pour pouvoir espérer revenir aux commandes mais sa démagogie, son argent et son énergie vont faire beaucoup de mal en réunissant autour de lui une mouvance nationaliste et anti-européenne qu’il aura les moyens de cristalliser en pourfendant « l’Europe allemande », thème que ses amis ont déjà commencé d’avancer. C’est une nouvelle extrême-droite italienne qui pourrait émerger derrière lui, une force comparable aux autres extrêmes-droites qui s’affirment un peu partout en Europe en défendant l’idée que c’est en refermant les frontières et tournant le dos à l’unification européenne qu’on pourrait réindustrialiser les pays de l’Union, y faire reculer le chômage et revenir à la croissance et au progrès social des décennies d’après-guerre.

Délibérément, cyniquement, Silvio Berlusconi va accroître la confusion politique dans la troisième économie de la zone euro et, indirectement, dans toute l’Union et tout cela pour quoi ? Pour essayer d’échapper à l’étau judicaire qui se referme sur lui en brandissant une immunité parlementaire et se proclamant chef de file persécuté d’une opposition soit disant antisystème.

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Shimon Pérès

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