désaccord persistant à bruxelles sur la question des travailleurs détachés
désaccord persistant à bruxelles sur la question des travailleurs détachés © reuters
**C’était mal parti. Les négociations duraient tant, hier, qu’elles semblaient aller vers un échec mais les ministres européens du [Travail ont finalement trouvé un accord sur la lutte contre les abus liés au détachement de travailleurs](http://www.franceinter.fr/depeche-les-europeens-trouvent-un-accord-sur-les-travailleurs-detaches) de l’Union dans un autre pays que le leur.** En vertu du principe fondateur de libre circulation des hommes comme des marchandises, toute entreprise européenne peut aujourd’hui proposer les services de ses salariés dans tout autre des vingt-huit États de l’Union. La seule condition mise à cela est que ces salariés doivent alors bénéficier des conditions de salaires et de travail en vigueur dans le pays hôte mais les charges sociales sont, en revanche, payées dans le pays d’origine. Comme il est bien évidemment rare qu’une entreprise fasse appel à des travailleurs venant d’un pays où les charges sont plus élevées que dans le sien, cette disposition permet de niveler les coûts salariaux par le bas ce qui pose, en soi, deux problèmes. Les salariés des pays où la protection sociale est la plus large se trouvent ainsi confrontés à la concurrence d’autres salariés venant d’autres pays européens où les charges sont moins élevées. Cela constitue un dumping social et, plus grave encore, le financement de la protection sociale en est significativement ébranlé là où elle est la plus haute puisque les caisses de chômage, de retraites et d’assurances maladie y sont ainsi privées des ressources que ces emplois devraient normalement leur assurer. Le problème n’est pas la libre circulation puisqu’il est normal que les travailleurs d’un marché commun puissent se faire employer dans tous les Etats qui en sont membres comme les travailleurs d’un pays donné peuvent le faire dans toutes ses régions. Le problème est cette différence sur les charges et, surtout, les abus auxquels cette possibilité donne lieu car,[ dans les faits, les travailleurs détachés ne bénéficient que rarement des mêmes rémunérations et des mêmes règles que leurs collègues du pays d’accueil.](http://www.franceinter.fr/depeche-travailleurs-detaches-en-finir-avec-les-abus) Il fallait lutter contre ces fraudes.[ La France avait pris la tête de cette bataille.](http://www.franceinter.fr/depeche-les-travailleurs-detaches-dans-le-viseur-du-gouvernement) Elle était soutenue par l’Allemagne et l'Italie mais bien d’autres pays s’opposaient au renforcement des moyens de contrôle auquel on est finalement arrivé. La Grande-Bretagne était contre car elle est favorable à tout ce qui peut faire baisser le coût de la main-d’œuvre, même illégalement. Beaucoup d’autres pays européens la suivaient parce qu’ils ont les mêmes préoccupations ou que leur économie profitait de ces abus. Ils constituaient ensemble une minorité de blocage et c’est la Pologne qui a fait basculer le vote en se désolidarisant d’eux. C’est un moment qui confirme le ralliement de cet Etat-clé qu’est la Pologne à la construction d’une Europe politique et aux conditions, notamment sociales, qu’exige cette ambition. C’est également un tournant absolument capital puisque c’est la première fois depuis longtemps que les ultralibéraux sont ainsi mis en minorité dans l’Union. Avec la prochaine institution d’un salaire minimum en Allemagne, les choses bougent enfin en Europe et il en était plus que temps. ### Aller plus loin : [Les européens trouvent un accord sur les travailleurs détachés](http://www.franceinter.fr/depeche-les-europeens-trouvent-un-accord-sur-les-travailleurs-detaches) [L'édito éco de Dominique Seux consacré à ce sujet le 27 novembre](http://www.franceinter.fr/emission-ledito-eco-les-travailleurs-detaches-ces-europeens-qui-travaillent-en-france)
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