Il est triste de devoir le dire. Il est consternant de devoir rappeler que, non, tous les musulmans ne sont pas des terroristes en puissance et qu’il n’y a pas, non plus, d’incompatibilité entre l’islam et la démocratie mais faisons-le pourtant puisqu’il le faut, puisqu’un candidat à la présidentielle américaine voudrait interdire l’entrée des Etats-Unis à tous les musulmans et qu’un ancien Premier ministre australien, le conservateur Tony Abbott, estimait hier que l’Occident devait « être prêt à proclamer la supériorité de notre culture sur une culture justifiant le fait de tuer des gens au nom de Dieu ».

On lit cela et l’on se demande si ce M.Abbott a jamais entendu parler de l’Inquisition, de cette si longue période où l’Eglise catholique torturait et brûlait au nom de Dieu tous ceux qu’elle considérait comme impies, des croisades durant lesquelles l’Europe chrétienne a commis, au Proche-Orient, d’innommables abominations, de cette nuit de la Saint Barthélemy où tous les protestants de Paris, hommes, femmes et enfants, furent assassinés dans leur lit, des guerres de religion européennes ou bien encore de ces interminables siècles durant lesquels les clergés chrétiens soutenaient les monarchies de droit divin contre toute idée de libertés et de démocratie.

En ces temps-là, d’aussi petits esprits que M.Abbott auraient aussi pu décréter incompatibles le christianisme et la démocratie sans comprendre que ces temps obscurs n’avaient vraiment rien à voir avec le message du Christ et lui étaient aussi contraires, en fait, que le terrorisme djihadiste l’est au Coran.

Sans doute, dira-t-on, mais le fait est que l’islam peut paraître en être resté à des temps que le christianisme a dépassés.

Beaucoup le craignent ou le pensent, en effet, y compris dans l’islam qu’horrifie beaucoup de Voltaire musulmans, mais que dire alors d’une religion qui fait de la charité une aussi stricte obligation que la prière ou de ces centaines de milliers de jeunes musulmans qui étaient descendus, en 2011, dans les rues tunisiennes, égyptiennes ou syriennes au nom des libertés individuelles, de l’état de droit et de la démocratie ?

Ils ne s’étaient pas convertis. Pratiquants ou pas, ils étaient musulmans et démocrates, imprégnés d’une foi qui puise ses racines dans le même Testament que le judaïsme et le christianisme et qui avait donné naissance, aux plus sombres temps de l’Europe chrétienne, à une brillante civilisation à laquelle nous devons les premiers progrès de la science et de la médecine et la transmission de la philosophe grecque, celle des pères de la démocratie.

Pour de multiples raisons, historiques et non pas religieuses, l’islam a ensuite sombré dans une longue décadence dont il sort aujourd’hui dans le même chaos et la même terreur qui avaient suivi la Révolution française.

L’islam est un chaos mais, s’il l’est aujourd’hui, c’est que les Lumières et les Ténèbres s’y combattent comme dans l’Europe d’hier et il faut être aussi profondément stupide que M.Trump pour faire de tous les musulmans des terroristes, fût-ce en puissance.

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