C’était un test pour le nouveau Président ukrainien Volodymyr Zelensky, mais aussi pour Emmanuel Macron et son initiative diplomatique russe : le Sommet sur l’Ukraine à Paris a permis des avancées, mais pas de miracle.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine au cours de la conférence de presse nocturne qui a clos le Sommet de Paris sur l’Ukraine, lundi 9 décembre 2019.
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine au cours de la conférence de presse nocturne qui a clos le Sommet de Paris sur l’Ukraine, lundi 9 décembre 2019. © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Il ne fallait pas attendre de miracle du Sommet de Paris sur l’Ukraine, après cinq ans de conflit et trois ans d’impasse diplomatique. Le simple fait de se rencontrer, et de relancer le processus de négociations, avec un calendrier pour les prochaines étapes, en particulier un cessez-le-feu dans l’Est de l’Ukraine où 13 000 personnes ont perdu la vie, constitue un résultat positif.

Un miracle aurait d’ailleurs été suspect, tant la méfiance était grande autour de cette première rencontre, à Paris, entre le nouveau Président ukrainien, Volodomyr Zelensky, et le vétéran du pouvoir russe, Vladimir Poutine ; le tout sous le regard, pas tout à fait neutre, d’Emmanuel Macron et Angela Merkel.

C’était un test pour Zelensky, l’ancien comédien devenu Président, dont une partie des compatriotes redoutait qu’il ne fasse trop de concessions, face à un homme aussi rompu à l’exercice que Poutine. Il n’en a pas faites, et au milieu de la nuit à Kiev, des manifestants exprimaient leur soulagement.

Mais c’était aussi un test pour Emmanuel Macron, qui a lancé à la fin de l’été une initiative diplomatique en direction de la Russie, qui ne passe toujours pas auprès de certains Européens. Là-encore, ceux qui redoutaient que le Président français ne cherche des résultats à tout prix seront rassurés.

Pourquoi ces soupçons ? D’abord parce que la décennie écoulée a fait de Vladimir Poutine l’incarnation d’un nouveau « péril russe », l’homme d’une puissance résurgente à l’activisme débordant, des territoires perdus de l’ex-URSS au Moyen-Orient et désormais en Afrique. Des mercenaires russes ont récemment été tués en opérations dans le nord du Mozambique, loin, très loin de Moscou…

Alors, lorsque Vladimir Poutine dit, comme hier soir, qu’il veut sincèrement un règlement au conflit ukrainien, beaucoup s’attendent à un coup fourré. Sauf si le Président russe juge qu’il peut être de son intérêt aujourd’hui, d’éteindre le feu qu’il a allumé dans l’Est de l’Ukraine ; qu’il a atteint son objectif de « neutraliser » l’Ukraine, de l’empêcher de tomber dans le camp de l’OTAN.

C’est là qu’intervient le pari d’Emmanuel Macron, qui jouait gros, lui aussi, dans le sommet d’hier.

Tant que le conflit ukrainien perdure aux confins de l’Europe, il n’y a pas de normalisation possible avec Moscou. Il était donc important pour Emmanuel Macron de commencer à débloquer le dossier ukrainien.

En déclarant à plusieurs reprises que « la Russie n’est pas notre ennemie », et en proposant une architecture de sécurité en Europe incluant Moscou, Emmanuel Macron a semblé effectuer un virage un peu trop brutal pour ses alliés, sans avoir grand-chose à présenter pour appuyer sa démarche. 

La semaine dernière, il a envoyé Jean-Yves Le Drian à Prague, rassurer l’Europe centrale, inquiète du virage français. Le ministre des Affaires étrangères a assuré les Tchèques que la France avait pris une assez « longue cuillère » pour dialoguer avec la Russie, détournant ainsi la vieille formule de Shakespeare pour « souper avec le diable ». Le dîner à l’Élysée hier soir a montré que c’était pour l’instant le cas, en attendant des résultats concrets.

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