Il y a des moments où l’actualité internationale est sinistre, d’autres, au contraire, où des crises s’apaisent mais, là, c’est tout différent. Depuis plusieurs semaines maintenant le monde est illisible, guère rassurant, bien sûr, mais avant tout confus, incertain, brouillé, comme l’est l’Amérique, sa première puissance. Le fait dominant, aux Etats-Unis, est l’évolution de la presse et de l’opinion. Il y a un mois encore, personne n’y aurait envisagé que Georges Bush puisse n’être pas réélu, dans neuf mois. A voir les sondages et lire les journaux, son second mandat était acquis, les démocrates n’avaient aucune chance et soudain, tout change. Il a suffi que le chef de la mission d’inspection américaine envoyée en Irak après la chute de Saddam démissionne en déclarant qu’il n’y avait pas à chercher d’armes de destruction de masse car il n’y en avait pas à trouver pour que l’Amérique se retourne. Les sondages deviennent inquiétants pour le Président sortant, les couvertures des magazines franchement déplaisantes pour la Maison-Blanche et, d’un coup, les Démocrates ont le vent en poupe, non pas déjà gagnants mais désormais crédibles. On pourrait s’en réjouir tant il y aurait peu de raisons de pleurer Georges Bush mais cet homme est encore Président jusqu’en janvier prochain, la situation irakienne de plus en plus complexe, les déficits américains abyssaux, le dollar dangereusement bas. Rien ne pourrait être pire dans une telle configuration qu’un Président affaibli et cherchant, dos au mur, les moyens de reprendre la main. Rien ne pourrait être pire mais on est bien parti pour. En Russie, les choses sont plus claires. Non seulement Vladimir Poutine et son équipe instaurent chaque jour un peu plus un pouvoir sans partage, mais un candidat libéral à la présidentielle de mars, Ivan Rybkine, une personnalité de premier plan, a disparu depuis jeudi, volatilisé, et semble-t-il en chemise puisqu’il a abandonné, dans son salon, la veste qu’il portait ce jour-là. Qu’on le retrouve mort ou seulement compromis par une quelconque affaire, Moscou a reçu le message. Il ne fait pas bon dénoncer le Président avec autant de virulence qu’Ivan Rybkine venait de s’y risquer. Une main de fer se resserre sur la Russie mais où va ce pays, le plus grand du monde ? Pronostic hasardeux. On ne sait pas, pas plus qu’on ne sait où va l’Iran, le grand voisin de l’Irak, pièce essentielle du Proche-Orient où le clergé conservateur a si bien vissé les élections de la fin du mois qu’il ne laisse plus, à terme, que la violence et la rue aux deux tiers d’Iraniens qui aspirent au changement. L’Iran paraît échouer à prévenir la révolution par la réforme et de Gaza à Téhéran en passant par Bagdad, Kirkouk et Bassorah, un croissant de crise se dessine, imprévisible, avec des troupes américaines au milieu et une Maison-Blanche, aussi blanche qu’une mauvaise nuit. L’Europe, alors ? Oui, l’Europe mais l’Europe est empêtrée dans ses problèmes budgétaires, la faiblesse de sa croissance et une monnaie trop forte pour ne pas menacer ses exportations. L’Europe ne fait que naître, dans les douleurs de l’accouchement, et n’est pas encore, loin de là, ce pôle d’arrimage dont le monde aurait besoin.

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