Comme il y a de la bière sans alcool, le pouvoir saoudien a inventé les élections sans politique. Les partis restant interdits dans le royaume, seuls des individus et non pas des candidats représentant des formations politiques pourront se présenter à ce scrutin, uniquement municipal. Seule une moitié des futurs conseillers seront élus tandis que l’autre sera désignée par le gouvernement, émanation de la seule monarchie. Bien que rien n’interdise formellement leur participation, les femmes seront exclues du vote, ni candidates ni électrices, de peur que les résultats ne montrent trop leurs aspirations à la liberté. Mieux encore, afin de pouvoir y mettre plus facilement terme si besoin était, le vote se déroulera en trois vagues successives, d’abord Ryad aujourd’hui, puis les provinces de l’est et du sud-ouest le 3 mars et celles du nord et de l’ouest le 21 avril. Toutes les précautions ont été prises pour que cet ersatz de démocratie reste sous contrôle mais le fait est que l’Arabie saoudite goûte aujourd’hui aux premières élections de son histoire. Pour la première fois, des saoudiens votent et ce quart d’ouverture d’un régime jusque là farouchement absolutiste dit à lui seul l’inquiétude, voire la panique, de la famille royale. Tout menace en effet la stabilité de ce pays féodal et détenteur du quart des réserves pétrolières mondiales. Tout la menace car, les années passant, le vent du large souffle depuis longtemps sur le royaume. Pour mieux négocier ses ressources, se moderniser, investir, l’Arabie saoudite a dû former des étudiants et en envoyer, surtout, dans les universités britanniques et américaines. Ils en sont revenus avec des idées d’ailleurs. La télévision, puis internet, ont accentué le mouvement. Les femmes auxquelles il est même interdit de conduire ruent dans les brancards. Beaucoup d’hommes ne supportent plus leur asservissement et, parallèlement, l’interdiction des partis et des débats, l’absence quasi-totale de liberté d’expression, ont précipité toute une partie de la jeunesse dans les bras des islamistes. Au lendemain des attentats du 11 septembre, les cinq mille princes de la famille régnante ont ainsi découvert avec effarement que leurs auteurs étaient presque tous des saoudiens, que leur régime avait joué avec le feu en s’appuyant sur l’intégrisme pour mieux asseoir leur pouvoir, qu’ils étaient ainsi entrés en conflit avec les Etats-Unis, leur grand protecteur, et que le ver était dans le fruit. Sur le propre sol, les attentats se sont multipliés et, plus grave encore, l’intervention américaine en Irak est en train de mettre les chiites au pouvoir à Bagdad alors que les régions pétrolières du royaume sont peuplées de chiites qui n’en peuvent plus de leur statut de minorité asservie. Les princes saoudiens ont maintenant compris qu’il leur fallait trouver des soupapes de sécurité, donner un espoir de liberté à leur peuple pour pouvoir s’appuyer sur lui mais, de crainte d’être balayés, ils ne font que le faire miroiter. L’Histoire le dit. C’est ce qu’il y a de plus dangereux. Etat neuf à l’unité fragile, l’Arabie saoudite ne peut pas survivre sans réformes mais pourra-t-elle survivre aux réformes ? Les princes eux-mêmes se le demandent.

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