C’est l’énorme paradoxe de la politique américaine. Tout ce que font les Etats-Unis depuis qu’ils se sont mis en tête d’aller renverser Saddam Hussein pousse à l’affirmation de partis islamistes dans tout le Proche-Orient. En Irak, leur intervention a permis l’émergence de la majorité chiite sur la scène politique, d’une communauté qui n’a pas d’autres chefs politiques que ses dirigeants religieux, et rapproché, du même coup, la minorité sunnite, jusqu’alors très laïque, des djihadistes d’Al Qaeda. Cette évolution aurait pu donner à réfléchir à Georges Bush, mais non, pas du tout. Il y a maintenant un an, dans son discours sur l’état de l’Union de janvier 2005, il a au contraire exposé une stratégie de démocratisation des pays arabes qui l’a conduit à exercer, depuis, de réelles pressions sur les gouvernements de la région en faveur d’élections transparentes et pluralistes. Les résultats sont là. En Egypte, c’est grâce à ces pressions américaines que les « Frères musulmans », le mouvement qui a servi, depuis 1929, de creuset à tous les courants, violents ou pacifiques, qui veulent fonder une Renaissance de l’Islam sur un retour à son identité religieuse, que cette organisation islamiste, donc, a marqué d’énormes points aux dernières législatives. S’ils avaient présenté des candidats dans toutes les circonscriptions – ce dont ils s’étaient gardés pour éviter un affrontement avec le pouvoir – les Frères seraient, aujourd’hui, en situation de gouverner l’Egypte dont ils sont, d’ores et déjà, devenus la première force d’opposition. Même chose dans les Territoires palestiniens où le Hamas, la branche palestinienne des Frères, n’aurait pas obtenu une majorité absolue au Conseil législatif si les Etats-Unis n’avaient pas exigé de l’Autorité palestinienne la régularité des élections et intimé aux Israéliens de ne pas faire obstacle aux candidatures de ce Mouvement de la résistance islamique. Dans tout le monde arabe, les courants les plus politiques de l’islamisme, principalement les Frères, se prévalent désormais des Etats-Unis pour entrer dans l’arène politique et c’est ce qui vient, à nouveau, de se produire en Syrie, pays dont le régime, chiite, est dans le collimateur de la Maison-Blanche qui ne serait pas mécontente de le voir s’effondrer. Là, pas d’élections mais, forts de ce contexte, les Frères syriens viennent de conclure, en exil, à Londres, une alliance visant à « l’établissement d’un régime démocratique » avec l’ancien vice-Président du pays, Abdel Halim Khaddam, un sunnite, comme eux, qui a récemment rompu avec le pouvoir en place. Une dynamique est à l’œuvre et tout se passe, en fait, comme si les Etats-Unis préféraient aider les Frères musulmans à accéder au pouvoir plutôt que de les y voir porter par des révolutions. La Maison-Blanche n’aide pas directement les Frères mais elle leur dégage la voie, lentement mais sûrement, comme si elle voulait séparer les islamistes des djihadistes, faire la part du feu, et disposer, aussi, d’un contrepoids à l’islamisme chiite, celui de l’Iran et maintenant de l’Irak. Signe de cette alliance objective, le site anglophone de la « Confrérie musulmane » est aujourd’hui d’une remarquable modération envers l’Amérique.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.