On ne sait pas. Avec 20% des électeurs israéliens qui se déclaraient encore indécis vendredi, à la veille de la suspension des sondages, personne ne devrait se risquer à prédire ce que donneront les législatives d’aujourd’hui. La tendance est à droite et à l’extrême droite car la coalition sortante, gauche et centre, n’a pas été loin de perdre une guerre au Sud Liban à l’été 2006 et que les bombardements de Gaza n’empêchent pas le Hamas de continuer à lancer, par intermittence, des tirs d’obus sur des agglomérations israéliennes. En vertu de l’alternance, c’est la droite, le Likoud de Benjamin Netanyahu, qui devrait arriver en tête de ce scrutin et se voir, donc, confier la responsabilité de former un gouvernement mais la percée de l’extrême droite ajoute un second élément d’incertitude. Tout comme Jean-Marie Le Pen ne faisait pas de tort à la gauche mais à la droite française, c’est au Likoud qu’Avigdor Liebermam et son parti, Israël Beiteinu (Israël notre maison), prend des voix. Plus il a progressé, avec maintenant vingt sièges en perspective, plus le Likoud a reculé, toujours en tête mais désormais au coude à coude avec les centristes de Kadima, conduits par la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. Il est d’autant moins exclu – non pas du tout probable mais possible – que Kadima arrive en tête ce soir que l’extrême droite horrifie assez d’électeurs pour que le centre puisse bénéficier d’un tout, sauf Lieberman. Au-delà même de ce suspens électoral, la seule certitude est que les résultats de ce vote, quels qu’ils soient, ne détermineront en rien la future politique israélienne. La droite se dit hostile, dans l’immédiat au moins, à la création d’un Etat palestinien mais ses porte-parole rappellent à l'envie, et c’est vrai, que ce sont des gouvernements de droite qui ont décidé des retraits du Sinaï, de certaines parties de la Cisjordanie et, surtout, de Gaza. Sous la pression de l’extrême droite, Benjamin Netanyahu n’a cessé de se radicaliser au cours de cette campagne mais on voit mal cet homme, tellement imprégné de culture américaine et avant tout pragmatique, se risquer à un bras de fer avec Barack Obama alors que les Etats-Unis peuvent couper les vivres à Israël du jour au lendemain et qu’il pourrait devenir, avec garanties de sécurité américaines, le Premier ministre qui aurait fait la paix. Pour ce qui est maintenant de Lieberman, ce « fasciste » disent à raison beaucoup d’Israéliens, il est plus ambigu qu’il n’y parait. Il voudrait imposer un serment de loyauté aux Arabes israéliens. Il est allé jusqu’à suggérer un bombardement nucléaire de Gaza. C’est un homme auquel on ne serrerait pas la main mais, outre qu’il n’aurait jamais qu’un siège sur six, il refuse si peu une solution à deux Etats qu’il voudrait redessiner toutes les frontières, échanger des territoires pour que tous les Arabes se retrouvent d’un côté et les Juifs de l’autre. Il est, de surcroît, totalement laïc, bouffeur de rabbins, et c’est pour ces deux raisons que le centre pourrait gouverner avec lui. Quant à la coalition sortante, celle qui vient de bombarder Gaza, tous ses responsables professent qu’Israël ne peut survivre sans la création d’un Etat palestinien – l’objectif de Barack Obama.

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