Un enfant le comprendrait. On ne peut pas durablement avoir une monnaie commune sans avoir de politiques communes, des fiscalités au moins convergentes, une politique industrielle, des choix budgétaires compatibles et des niveaux de protection sociale comparables. On ne peut pas, en un mot, avoir d’union monétaire sans union politique et les dirigeants européens qui avaient lancé l’euro ne l’ignoraient évidemment pas. Européens convaincus, Helmut Kohl et François Mitterrand, les pères de la monnaie unique, le comprenaient très bien mais ils avaient fait un pari. Puisque l’Europe n’était pas prête à l’unité politique, ils allaient créer, par la monnaie, la situation qui finirait par imposer un jour, nécessité faisant loi, une marche vers le fédéralisme. C’était un pari, mais on y est. On y est parce qu’aucun des pays européens ne peut faire face à la crise à lui seul, pas même les plus puissants ; que le acteurs de ce nouveau siècle seront les Etats continents, Etats-Unis bien sûr mais aussi Chine, Inde ou Brésil ; que des puissances moyennes comme la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ne peuvent pas peser seules sur la scène internationale et que l’Espagne, la Pologne ou l’Italie le peuvent encore moins. On y est parce que les révolutions technologiques à venir exigent des investissements et des efforts de recherche que les pays européens ne pourront pas consentir en ordre dispersé. On y est, enfin, parce que les maillons les plus faibles de l’eurozone sont confrontés, en ce moment même, à des attaques spéculatives auxquelles ils ne pourront pas faire face sans la solidarité de l’ensemble des pays de l’euro, que la monnaie unique en est virtuellement menacée et que les traités sont donc à revoir, ou à contourner, puisqu’ils interdisent explicitement que l’appartenance à l’euro puisse servir d’assurance vie à ceux des Etats qui n’auraient pas respecté la discipline commune ou, pire encore, triché comme le précédent gouvernement grec l’avait fait. Raisons de court terme et de long terme, l’Europe n’a plus le choix. Ou bien elle se laisse défaire et laisse distancer chacun de ses membres, ou bien elle constate que l’euro l’a sauvée d’une tourmente dévastatrice après les faillites de Wall Street et prend le tournant nécessaire, marche, maintenant, vers l’élaboration de politiques communes, fatalement timides dans un premier temps mais qui finiront par la conduire à une forme ou l’autre de fédéralisme. La réponse n’est pas donnée. L’Europe peut avoir peur d’elle-même, ne pas aller assez loin assez vite. On ne peut pas exclure le pire mais il est rassurant que l’Allemagne et la France aient décidé, avant même ces attaques spéculatives, de se rapprocher pour se mettre « au service de l’Europe et d’une nouvelle régulation dans le monde » ; que le Conseil européen de demain paraisse s’orienter vers un soutien collectif à la Grèce ; que l’on n’ait jamais autant parlé de coopération dans les capitales de l’Union et que les Européens se décident à œuvrer ensemble à la conception d’une voiture électrique, l’un des grands enjeux industriels du moment. On va voir mais c’est l’heure du choix.

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