Entre la Maison-Blanche et le régime égyptien, le torchon brûle. Mardi, le vice-président américain, Joe Biden, appelait publiquement à une levée immédiate de l’état d’urgence sous lequel l’Egypte vit depuis trente ans. Le ministre égyptien des Affaires étrangères rétorquait aussitôt, sur une télévision américaine, que « ces conseils étaient tout à fait inutiles ». On en était là quand le porte-parole de Barack Obama est revenu à la charge, estimant hier que la poursuite des manifestations prouvait que les mesures prises par les autorités ne répondaient pas au « seuil minimum d’attente » de la population et appelant, en conséquence, l’Egypte à des « mesures claires et concrètes ». Rarement, jamais peut-être, un pays ne se sera ainsi ouvertement immiscé dans les affaires intérieures d’un autre puisque les Etats-Unis vont jusqu’à dicter là au gouvernement égyptien la politique qu’il devrait, à leurs yeux, mener mais pourquoi la Maison-Blanche bafoue-t-elle à ce point tous les usages en vigueur ? Ce n’est pas l’opinion américaine qui l’y pousse. Si l’on en croit un sondage publié hier, seules 32% des Américains estiment que leur pays devrait toujours soutenir la démocratie même si ses intérêts devaient en être compromis. Près de 60% d’entre eux jugent au contraire qu’il faudrait faire preuve de prudence devant le soulèvement égyptien. Aussi peu fondée qu’elle soit, la peur des islamistes pèse lourd dans cette attitude de l’opinion publique mais Barack Obama a, lui, d’excellentes raisons d’accentuer sa pression sur Le Caire, raisons que la majorité républicaine de la Chambre paraît partager. Loin de s’essouffler, le soulèvement égyptien se développe. Jugées insuffisantes, voire cosmétiques et trompeuses, par les manifestants, les concessions que le pouvoir lui a faites ne l’ont pas apaisé mais enhardi comme si de plus en plus de gens se disaient que ce régime recule, qu’il n’en a plus pour longtemps et qu’il faut accentuer la poussée populaire. Comme dans beaucoup de situations révolutionnaires, c’est toujours trop peu, trop tard et ce pouvoir a, de surcroît, l’art de faire monter la colère contre lui en mêlant les menaces de recours à l’armée à ses demi-gestes d’ouverture. Résultats : il n’y a jamais eu autant de monde dans les rues que mardi. On n’y a vu des hommes et des femmes qui ne s’y étaient pas encore risqués mais veulent maintenant en être. Le Parlement est encerclé. Les villes touchées se multiplient et des mouvements de grève se sont ajoutés hier aux manifestations politiques. L’Egypte est chauffée à blanc et, plus ce mouvement s’amplifie et se diversifie, moins il sera possible de le canaliser. C’est que voient et ce dont s’inquiètent les Etats-Unis. Dès les premiers jours de ce soulèvement, ils avaient poussé à une transmission du pouvoir au vice-président Omar Souleimane qui aurait pu négocier une transition ordonnée avec le prix Nobel de la paix Mohammed ElBaradei mais, plus les jours passent, plus le vice-président perd toute légitimité et moins le prix Nobel pourra incarner le soulèvement. Si les Etats-Unis haussent le ton, c’est qu’ils ont peur – peur que la cécité de ce pouvoir ne rende ce soulèvement immaîtrisable.

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