Téhéran, vue générale
Téhéran, vue générale © Radio France / Jean-Marie Porcher
**Les visages sont moins fermés et la peur moins prégnante. Toujours plus sophistiqués, les voiles cachent toujours moins les cheveux de jeunes femmes à la démarche toujours plus affirmée. A l’aéroport, les contrôles de police eux-mêmes sont nettement moins glaçants qu’auparavant.** Il suffit, en un mot, d’arriver à Téhéran pour y sentir immédiatement un changement que chacun résume d’une appréciation aussi brève que générale : « C’est mieux ». C’est mieux, vous dit-on, que sous Ahmadinejad, l’ancien président, ce qui ne veut pas dire que ce soit déjà bien sous Hassan Rohani, le président investi l’été dernier après avoir été élu dès le premier tour mais que ce pays a tout simplement retrouvé de vraies raisons d’espérer. Les Iraniens, d’abord, sont fiers de l’intelligence collective qu’ils se sont découverte à la présidentielle lorsqu’ils ont su faire bloc derrière un candidat modéré après avoir compris que les réformateurs seraient de toute manière éliminés. Hassan Rohani n’était pas le premier choix des partisans du changement mais ce pragmatique promettait au moins, et c’était beaucoup, de réconcilier l’Iran, les États-Unis et l’Europe, c’est-à-dire de négocier sur le nucléaire et de travailler ainsi à la levée des sanctions économiques qui ruinent ce pays potentiellement si riche et raréfient et renchérissent tous les produits. Ce pays avait parié sur Hassan Rohani et ce pays a gagné une manche puisque la force de cette volonté populaire de réconciliation avec le monde a dissuadé le Guide suprême, le seul vrai dirigeant de l’Iran, de céder aux conservateurs en truquant les résultats du vote et que le nouveau président n’a pas perdu une seconde pour multiplier les gestes d’ouverture internationale. La rupture de ton a été telle à Téhéran que des négociations avec les grandes puissances se sont ouvertes en un temps record, qu’elles ont abouti à un premier accord qui a permis une levée partielle des sanctions, qu’elles avancent plutôt bien aujourd’hui et qu’il n’est plus interdit de croire en leur succès. Les grandes sociétés et les compagnies pétrolières y croient en tout cas tant que toutes préparent déjà leur retour en Iran. L’administration iranienne travaille, elle, à de nouveaux types de contrat pour mieux les convaincre d’investir non seulement dans le gaz et le pétrole mais également dans les équipements collectifs où tout est, aussi, est à faire. Au lieu de vouer la terre entière aux gémonies, les officiels passent désormais leur temps à faire miroiter aux hommes d’affaires occidentaux l’argent qu’il y aurait à gagner en Iran et, devant ces imposantes délégations patronales, française hier et de partout bientôt, la population commence à y croire, a commencé, oui, d’espérer bien que rien ou presque n’ait encore progressé, pas plus le niveau de vie que les libertés. Ce qui est fascinant est de voir la finesse avec laquelle ce peuple comprend qu’Hassan Rohani ne peut pas faire de gestes d’ouverture en politique intérieure avant d’avoir conclu la négociation nucléaire car il redoublerait aussitôt l’hostilité déclarée des conservateurs et perdrait le soutien du Guide. Ce peuple attend la victoire diplomatique de son président car elle pourrait alors ouvrir, peut-être mais pas certainement, le deuxième round – celui des libertés. **► ► ►Aller plus loin I** Avec le zoom de la rédaction de France Inter, [Iran : les premiers fruits de la présidence Rohani](http://www.franceinter.fr/emission-le-zoom-de-la-redaction-iran-les-premiers-fruits-de-la-presidence-rohani)
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