Dans l’histoire du secret bancaire, des paradis fiscaux et autres comptes numérotés, de cette évasion fiscale, en un mot, à laquelle Le Monde et une soixantaine de journaux de différents pays consacraient hier une très grande place, il y a un avant et un après.

Avant 2008, avant les crises de Wall Street puis des dettes publiques européennes, la situation était bien celle que décrit cette enquête internationale. Ce n’est pas seulement qu’un très grand nombre de personnes, immensément riches ou simplement fortunées, acheminaient leur argent, par tous les moyens possibles, vers des pays, les paradis fiscaux, où elles pouvaient se soustraire à l’impôt, protégées par un secret absolu.

C’est également que beaucoup de banques parmi les plus renommées, non pas seulement HSBC et pas uniquement, loin de là, des banques suisses, avaient fait de cette évasion fiscale une industrie internationale parfaitement bien rodée. Fini, les valises de billets que l’on faisait passer sous la banquettes arrière. Fini, les passeurs professionnels qui se chargeaient de ce travail pour les plus prudents.

Fini, l’artisanat et place aux circuits bancaires que des démarcheurs venaient proposer à toute personne assez riche pour être susceptible d’estimer payer trop d’argent au fisc. Non seulement des banques organisaient l’évasion fiscale mais elles la suscitaient et les États fermaient les yeux parce que leurs caisses n’étaient alors pas encore vides et qu’il aurait fallu embaucher beaucoup de fonctionnaires et mécontenter beaucoup de gens puissants pour endiguer un mal dont on sous-estimait l’ampleur faute de s’y être vraiment intéressé.

Et puis il y eut les crises de 2008 et 2009. Les déficits budgétaires se sont creusés. Il fallait trouver de l’argent. Il n’était pas concevable d’exiger des sacrifices de tous alors que des fraudeurs, par définition fortunés, s’étaient mis à l’abri de l’effort commun. La chasse aux paradis fiscaux s’est ouverte, d’abord avec une loi américaine obligeant les banques étrangères à signaler leurs clients américains au fisc américain sous peine de sévères mesures de rétorsion puis avec la généralisation, en cours, de l’échange automatique de données qui est en train de faire tomber le secret bancaire dans la plupart des paradis d’hier.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait plus et n’y aura plus de fraude. Il y en aura toujours mais elle est devenue si dangereuse qu’énormément de fraudeurs préfèrent désormais se dénoncer eux-mêmes avant de risquer la prison et que les États voient revenir beaucoup de capitaux grossis des amendes et arriérés dus.

Le grand scandale ne sera bientôt plus la fraude d’antan, la classique évasion, mais ce qu’on appelle « l’optimisation fiscale », celle qui permet en toute légalité à des multinationales, souvent américaines, d’installer leurs sièges sociaux dans des pays à fiscalité basse et d’y faire remonter l’essentiel des bénéfices qu’elles réalisent dans des pays où les sociétés sont dûment imposées.

La fraude est devenue l’arbre qui cache cette forêt mais lentement, trop lentement mais tout de même, les États et l’Union Européenne - les États-Unis beaucoup moins jusqu’ici - s’attaquent à cet intolérable mal qui les appauvrit.

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