Les bourreaux de M. Assad

C’est « un faux », déclarait hier le ministère russe des Affaires étrangères. A entendre sa porte-parole, le dernier rapport d’Amnesty international sur les prisons du régime syrien ne serait même qu’une « provocation ciblée visant à mettre de l’huile sur le feu en voie d’extinction de ce conflit » et la preuve en serait que « ces chiffres effrayants sont le résultat de décomptes arithmétiques sur la base de témoignages de personnes anonymes ».

« Effrayants », ces chiffres le sont en effet puisque les témoignages directs et non pas anonymes reçus par Amnesty l’amènent à conclure que dans la seule prison de Sednaya, au nord de Damas, entre 20 et 50 détenus par semaine ont été pendus entre 2011 et 2015. Ces détenus n’étaient pas des combattants mais des civils soupçonnés d’être des opposants à Bachar al-Assad. Avant leur assassinat, ils avaient été systématiquement torturés et Amnesty estime que cette « politique d’extermination » perdure aujourd’hui dans cet « abattoir humain ».

Ce rapport est d’autant plus glaçant qu’interrogé, avant sa publication, sur la possibilité que des responsables syriens soient déférés pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale, Bachar al-Assad s’était contenté de répondre, c’est sa presse qui le citait mardi : « Nous devons défendre notre pays par tous les moyens et ne prêtons aucune attention à ce tribunal et à aucune institution internationale ».

Le président syrien n’a pas dit qu’il n’y aurait aucune raison que ses hommes se retrouvent à La Haye. Il ne s’est pas défendu d’accusations de tortures et d’exécutions sommaires. Non, il a simplement dit qu’à ses yeux, « tous les moyens étaient bons » et qu’il se moquait de la Justice internationale.

En forme de bras d’honneur, c’était un aveu, venu du sommet de ce régime que le dernier rapport d’Amnesty n’est pas seul à mettre en cause.

Le 8 février dernier, des enquêteurs des Nations Unies affirmaient que « le caractère massif des morts de détenus suggère que le gouvernement syrien est responsable d’actes relevant d’une extermination », le mot qu’emploie Amnesty.

Dès juillet 2012, Human Rights Watch, l’autre grande organisation de défense des droits de l’homme, parlait d’un « archipel de la torture » en Syrie et recensait 27 centres de détention en plus des casernes et bâtiments occupés par l’armée. Et puis en 2014, un ancien photographe de la police militaire syrienne réfugié à l’étranger publiait 55 000 photos de corps de personnes atrocement suppliciées par les bourreaux de M. Assad.

Rien de tout cela ne suffit pourtant à convaincre la Russie de la réalité de ces atrocités.

Circulez, il n’y a rien à voir, répète-t-elle devant chaque rapport mais, question, si elle est tellement convaincue qu’il ne s’agit là que de calomnies provocatrices pourquoi ne fait-elle pas ouvrir maintenant, sans délai, les prisons de son allié syrien à des enquêteurs de la Cour pénale, voire à la presse ?

Cela éviterait aux autorités russes d’être un jour considérées comme complices de cette barbarie d’Etat.

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