Jamais le Sinn Féin n'avait obtenu un tel score au sud de l'Île d'Émeraude : près d'un quart des suffrages ! Mais la vraie leçon de cette législative est la déconfiture de l'actuel Premier ministre Leo Varadkar, libéral mais en porte-à-faux avec son peuple.

La chef du parti républicain irlandais Sinn Fein Mary Lou McDonald (au centre), à Dublin le 9 février 2020
La chef du parti républicain irlandais Sinn Fein Mary Lou McDonald (au centre), à Dublin le 9 février 2020 © AFP / Ben Stansall

L'Irlande a voté ce week-end et le résultat est quasi illisible... Mais y a-t-il un seul pays d'Europe qui, récemment, n'a pas voté pour aussitôt donner des maux de têtes aux commentateurs et à sa classe politique ? La Grande-Bretagne, peut-être, qui a donné un mandat massif à l'un des plus anciens partis d'Europe, les Tories.

Mais de l'Espagne à l'Italie, de l'Autriche à la Belgique, toujours sans gouvernement, les électeurs partout, en Europe et même dans le monde, s'évertuent à rendre la vie impossible à leurs politiciens qui doivent imaginer des coalitions totalement baroques.

L'Irlande vient de s'ajouter à la liste. Depuis près d'un siècle, le pays est dirigé par un duopole « centre-droit, droite du centre » : Fianna Fail et Fine Gael. Une alternance à qui le mot de Jacques Duclos va comme un « blanc bonnet ou bonnet blanc ».

À gauche, l'Irlande n'a qu'un parti travailliste agonisant, un parti écologiste tout neuf qui commence juste à prendre de la place et surtout le Sinn Féin. Le Sinn Féin est certes un parti historique – il a été fondé en 1905 – mais au sud, il n'a jamais dépassé les 11 à 13 %.

Ça vient de changer ce week-end : le Sinn Féin, le parti qui soutenait les républicains nord-irlandais de l'IRA, groupe terroriste responsable d'un millier de victimes en Irlande du Nord et en Grande-Bretagne, a obtenu un quart des suffrages.

La gauche avance mais elle n'est pas majoritaire ?

Avoir un quart des suffrages, ça fait de vous le premier parti d'Irlande, mais ça ne vous donne pas une majorité au Dail, le parlement irlandais. Le duopole Fianna Fail et Fine Gael arrive juste derrière avec, ensemble, 40 à 45 % des suffrages.

C'est un drôle d'échec pour l'actuel Taoiseach, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar. Il a pourtant tout pour plaire au nouveau monde politique promis, entre autres, par Emmanuel Macron : il est jeune, 40 ans, il est fils de migrants indiens, et gay !

Il coche toutes les cases et, en plus, son pays est cité en exemple partout en Europe pour sa réussite économique : croissance impressionnante, plein emploi et même – cerise sur le gâteau du satisfecit libéral, les salaires grimpent !

Pourtant, selon les premiers résultats, il ne serait que 3e dans cette élection qui a vu sa côte de popularité s'effondrer au fur et à mesure de la campagne. Comment celui qui a donné le mariage gay et l'avortement libre à son pays a-t-il pu perdre pied ainsi ?

En fait très simple à expliquer : les salaires augmentent, mais les loyers et le prix du m2 à Dublin – où l'essentiel du travail se trouve – ont augmenté encore plus vite ! Les impôts baissent mais les Irlandais veulent plus de santé et d'éducation publiques !

En clair, Leo Varadkar, sa modernité, sa jeunesse et son libéralisme chevillé au corps, est en porte-à-faux avec une population qui, elle, veut du social et des services publics. Un tel écart se paie dans les urnes, en Irlande, ce week-end, et partout en Europe.

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