Après le fiasco de sa visite à Moscou en pleine affaire Navalny, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell affrontait hier le Parlement européen. Cet épisode aura fait prendre conscience de la faiblesse de l’Europe face à un voisin autoritaire.

Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et de sécurité (à g.), et Serguei Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, à Moscou le 5 février 2021.
Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et de sécurité (à g.), et Serguei Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, à Moscou le 5 février 2021. © AFP / Press-service of the Delegation / Sputnik via AFP

Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, savait, en pénétrant hier après-midi dans l’enceinte du Parlement européen, qu’il allait passer un sale quart d’heure. 

En cause, l’humiliation de sa visite à Moscou, vendredi dernier, en pleine affaire Navalny, qui lui a valu une volée de critiques, des appels à la démission, et, ultime affront pour cet ancien ministre socialiste espagnol, les encouragements de Thierry Mariani, eurodéputé lepéniste, pro-Poutine notoire.

Mais si Josep Borrell a sans doute commis l’erreur d’aller à Moscou en mission suicide, sans le moindre espoir d’infléchir la position du Kremlin sur Navalny, ses détracteurs se trompent quand même de cible. Ils feraient mieux de s’en prendre, comme l’ont fait certains, à l’autoritarisme croissant de Vladimir Poutine, et, peut-être surtout, à la faiblesse collective de l’Europe face à ce voisin de moins en moins fréquentable.

« Je suis allé à Moscou, a déclaré avec un brin de fausse naïveté Josep Borrell, pour vérifier si la Russie était disposée à inverser la tendance négative de nos relations ». La réponse fut sans équivoque : Non !

Plusieurs eurodéputés ont affrimé hier au Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et de sécurité que sa visite avait été une erreur. Lui, maintient qu’il fallait la tenter ; même en courant le risque de tomber dans un piège, comme il l’a reconnu à demi-mot sur son blog à son retour.

C’est le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, un vieux routier de la diplomatie russe qui a fait ses classes à l’époque soviétique, qui s’est chargé du traquenard. La conférence de presse avec Josep Borrell fut un modèle de manipulation, suivi de l’annonce, quelques minutes plus tard, de l’expulsion de trois diplomates européens. La recette parfaite pour montrer à une puissance étrangère qu’elle est insignifiante.

Les implications d’un tel mépris pour le représentant des 27 sont lourdes. Josep Borrell les a énoncées hier au Parlement européen : la Russie se déconnecte de l’Europe, un choix géostratégique qu'il juge inquiétant.

L’Union européenne n’a pas encore pris la mesure des conséquences d’avoir une puissance autoritaire et hostile à sa frontière orientale. Depuis la crise ukrainienne de 2014, les relations politiques avec Moscou n’ont cessé de se dégrader, et les quelques tentatives de les réparer, comme celle d’Emmanuel Macron en 2019, n’ont conduit nulle part.

Josep Borrell a annoncé hier qu’il allait proposer aux 27 États-membres d’adopter de nouvelles sanctions contre la Russie pour l’affaire Navalny, lors de leur sommet en mars. Mais le non-dit de cette stratégie est le gazoduc Nord-Stream 2, en cours de construction entre la Russie et l’Allemagne, et auquel la Chancelière Merkel ne veut pas toucher, alors que c’est le seul vrai levier européen.

L’épisode Borrell aura au moins eu le mérite de faire prendre conscience de la faiblesse de l’Europe dès lors qu’elle a en face d’elle un Poutine d’autant plus inflexible qu’il est contesté à l’intérieur. Cela ne veut pas dire partir en guerre contre la Russie, mais certainement se donner les moyens d’être respecté. On est encore loin du compte.

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