Ce n’est pas le premier moment d’espoir de ce conflit. Il y en eut d’autres, autrement plus beaux encore et tous si cruellement déçus que la circonspection s’impose ce matin mais comment, en même temps, ne pas voir les promesses de cette élection ? Elles sont immenses et la première d’entre elles est la personnalité de Mahmoud Abbas. Membre fondateur du Fatah dont il avait longtemps été le Numéro 2, figure donc du mouvement national palestinien auquel il a consacré toute sa vie, le successeur de Yasser Arafat est, à la fois, un combattant dont la légitimité n’est pas plus discutable que discutée et un homme qui avait eu le courage, la lucidité, l’intelligence politique, de dénoncer la militarisation de l’Intifida et l’impasse à laquelle elle menait son peuple. La deuxième promesse de ce moment est que ce soit précisément de cet homme-là que le Fatah ait si rapidement fait son candidat à la présidentielle ouverte par la mort de Yasser Arafat, que le principal parti palestinien ait ainsi manifesté qu’il se rangeait à l’analyse de Mahmoud Abbas, qu’il fallait renoncer à la violence pour en revenir à la diplomatie. Mahmoud aurait alors pu vouloir faire oublier les compliments que ses positions lui avaient valu en Israël et aux Etats-Unis, durcir le ton pour se rallier les plus radicaux et gagner des voix mais il n’en a rien fait. Troisième promesse de ce moment on l’a, au contraire, entendu marteler durant toute sa campagne qu’une « solution militaire était impossible », qu’il « condamnait » les tirs de roquette sur les Israéliens, qu’il voulait « traiter avec Sharon en tant que Premier ministre élu du peuple israélien », qu’il « n’était pas sûr de parvenir à des résultats avec lui » mais qu’il voulait « essayer », qu’il était « pour la négociation » et que son élection « constituerait une excellente occasion pour la paix ». C’est sur ce programme, sur ces mots, que Mahmoud Abbas s’est fait élire et cela prouve, quatrième promesse d’une élection démocratique, que c’est cela que les Palestiniens voulaient entendre, qu’ils veulent un Président qui, comme eux, veuille la paix. Cela fait beaucoup. Jamais la disponibilité des Palestiniens à un compromis n’avait été aussi évidente mais ce n’est pas tout. Il avait suffi que le choix du Fatah se porte sur Mahmoud Abbas pour que les Israéliens, cinquième promesse, recommencent à croire à la paix, que l’aile droite du Likoud se retrouve isolée et que ce retournement de l’opinion permette à Ariel Sharon de constituer un gouvernement d’union avec Shimon Pérès. Les deux tiers des Israéliens soutiennent à nouveau l’idée d’un compromis négocié et à ces cinq promesse s’ajoute la sixième, pas la moins importante, le besoin dans lequel Georges Bush se trouve aujourd’hui de remporter un succès sur le front israélo-palestinien, la paix, un règlement définitif de ce conflit, pour tenter de se sortir de l’impasse irakienne. Restent toutes les difficultés à venir et surtout la question des questions : jusqu’où Ariel Sharon acceptera-t-il d’aller pour la paix ? Peut-être, mais peut-être seulement, on verra, plus loin que sa vie ne le laisserait imaginer.

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