Deuxième puissance économique du monde, le Japon s’est doté, hier, d’un ministère de la Défense. Il prendra la place de la modeste « Agence de Défense » qui en tenait lieu depuis que la Constitution de 1947, adoptée sous occupation américaine, avait édicté que cet ancien allié de l’Allemagne nazie, traumatisé par les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, renonçait « pour toujours » à la guerre. En soixante ans, ce choix n’avait jamais varié mais le nouveau Premier ministre japonais, Shinzo Abe, estime, aujourd’hui, que « depuis la fin de la Guerre froide, les enjeux de sécurité nationale ont profondément changé » pour son pays. Il le pense si fort qu’il voudrait même revenir sur la renonciation constitutionnelle à la guerre afin, dit-il, que le Japon puisse riposter en cas d’attaque extérieure et participer à des opérations internationales de maintien de la paix. Shinzo Abe considère, autrement dit, que des menaces pourraient peser sur son pays et souhaite qu’il puisse prendre part à des coalitions militaires. Ce changement affectera les équilibres asiatiques. Il va, donc, bouleverser le continent qui dominera ce siècle, modifier, par là même, tous les rapports de force internationaux et tient à quatre raisons. La première est qu’il y a une logique de la puissance, qu’un géant économique ne peut pas éternellement rester un nain politique. On le voit avec l’Allemagne qui se trouve pressée par ses alliés américain et européens de prendre ses responsabilités internationales. On le voit, déjà, avec la Chine que ses besoins en matières premières projettent de par le monde plus vite même qu’elle ne l’aurait voulu et cette dynamique chinoise est, évidemment, la deuxième raison du tournant japonais. Face au boom économique du pays le plus peuplé du monde, le Japon peut d’autant moins rester bras croisés que la Chine, son grand rival régional, aujourd’hui partenaire économique mais un jour, fatalement, un concurrent qu’il faudra pouvoir tenir en respect, ne lésine pas sur son budget militaire. A la plus grande inquiétude des Etats-Unis, la Chine devient une puissance militaire. Loin d’être établis, les équilibres internes à l’Asie se chercheront dans ce siècle comme ils se sont si longtemps cherchés en Europe et cette dynamique est d’ores et déjà à l’œuvre dans la péninsule coréenne. C’est la troisième motivation de Shinzo Abe, celle sur laquelle il met l’accent dans la tournée européenne qu’il a entamée, hier, à Londres. Non seulement il veut une véritable armée pour le Japon mais il veut mobiliser les Européens contre les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, se trouver des alliés et se rapprocher de l’Otan car, au-delà même du problème nucléaire, la seule éventualité d’une réunification coréenne inquiète le Japon. Et puis enfin, et ce n’est pas le moindre, le Japon ne veut plus se reposer sur les Etats-Unis pour sa Défense car leurs choix futurs sont incertains et que leur aventure irakienne, surtout, leur fait perdre leur crédibilité.

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