Il y a exactement un an, le 10 janvier 2007, Georges Bush annonçait l’envoi de 20 000 hommes supplémentaires en Irak. Cette décision n’avait pas été accueillie par un concert d’applaudissements mais, douze mois plus tard, ces renforts ont produit des effets. L’Irak reste l’un des pays les plus dangereux du monde. L’armée américaine a même enregistré, l’année dernière, un record de quelques 900 pertes mais le nombre d’actes de violences a significativement diminué depuis mars dernier et, si difficile qu’il soit à cerner, celui des victimes civiles a nettement régressé aussi, bien au-dessous de la moyenne de 120 morts par jour que l’Organisation mondiale de la santé vient d’établir, par sondages, pour les trois premières années de la guerre. Les renforts n’expliquent pas tout. En eux-mêmes, ils n’auraient sans doute pas changé grand-chose à la situation mais leur envoi s’est accompagné de deux changements de taille dans la stratégie américaine. La priorité, d’une part, a été donnée à la sécurisation de Bagdad et de ses environs car c’est là que les attentats étaient les plus nombreux pour la simple raison que c’est là qu’ils pouvaient être les plus meurtriers, que les réseaux terroristes pouvaient se dissimuler facilement dans cette zone urbaine et que c’est dans cette région, surtout, que sunnites et chiites coexistent en plus grand nombre et que la chaîne des massacres et contre-massacres y était donc la plus effroyable. Réclamée depuis longtemps par les militaires, cette concentration des efforts et des effectifs sur Bagdad n’a pas été vaine. Des coups ont été portés aux terroristes. Leur liberté de manœuvre s’est réduite et, second changement, bien plus important encore, les Américains se sont enfin résolus à entrer en pourparlers avec les sunnites, grands perdants de cette guerre puisqu’ils contrôlaient le pays depuis sa création aux lendemains de la Première guerre mondiale, que le pouvoir est désormais passé aux mains de la majorité chiite et qu’ils avaient été écartés de l’armée et de l’appareil d’Etat par la politique d’exclusion des membres du Baath, le parti de l’ancien régime. C’est pour cette raison qu’une large partie des sunnites avaient fini par faire cause commune avec les réseaux d’al Qaëda et à s’attaquer aux chiites encore plus qu’aux troupes américaines. C’est la cause première du terrorisme mais, sitôt que les Etats-Unis ont cherché à rassurer les sunnites, beaucoup de leurs tribus se sont retournées contre al Qaëda, s’alliant de fait aux Américains, contribuant largement à cette baisse des violences et permettant ainsi à la hiérarchie chiite de faire rentrer dans le rang la frange la plus extrémisme de cette communauté. C’est, en un mot, un début d’intelligence, militaire et politique, qui a permis cette amélioration mais elle ne pourra se consolider que si les Américains savent proposer à l’Irak et à la région un plan de stabilisation acceptable pour tous les Irakiens et tous leurs voisins, Iran compris. Ca, on n’y est pas encore.

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